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Inégalités à l'école : "Le système repose sur une idée élitiste"

BFM Céline Hussonnois-Alaya
Des enfants dans une salle de classe (photo d'illustration)

Des enfants dans une salle de classe (photo d'illustration) - Jean-Christophe Verhaegen - AFP

La France, mauvaise élève à l'école. Une enquête publiée mardi pointe les dysfonctionnements du système scolaire et épingle les dispositifs d'éducation prioritaire. Mais pour certains spécialistes, ces conclusions sont réductrices.

L'école française amplifie les inégalités. Pire, elle en produit. Les conclusions d'une enquête du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) publiée mardi sont alarmantes. Selon cette étude réalisée pendant deux ans avec des chercheurs français et étrangers, non seulement le système d'éducation prioritaire mis en place depuis une trentaine d'années par les gouvernements successifs a échoué, stigmatisant les élèves défavorisés, mais le principe même de mixité a été bafoué.

"L'école ne peut pas tout"

Rien de bien nouveau, selon certains. Pour Marie Duru-Bellat, sociologue de l'éducation et professeure émérite à Sciences Po Paris, "les conclusions de ce rapport ne sont pas révolutionnaires". Pour rappel, l'hexagone est classé par l'Unicef 35e sur 37 pays en termes d'écarts de performances scolaires selon le milieu social des enfants.

"Cela fait un certain temps que les chercheurs expliquent que l'école toute seule ne suffit pas à compenser les écarts entre les enfants, assure pour BFMTV.com cette spécialiste des politiques éducatives et des inégalités sociales. L'école ne peut pas tout."

Ce système marche "en vase clos"

Pourtant, ce n'est pas si simple. Michel Fize, sociologue au CNRS, estime que ce système marche, "mais en vase clos", analyse-t-il pour BFMTV.com.

"S'il produit de la réussite localement, le poids des inégalités est tel qu'il ne peut corriger toutes les discriminations."

Un leurre qui s'effondre dès le début des études supérieures ou lors de la recherche d'un emploi, selon lui. "L'éducation prioritaire sans mixité tourne à vide. Au mieux, elle contient les échecs, c'est un cataplasme", ajoute le chercheur, auteur de Le bac inutile.

"L'étude globalise des situations différentes"

Ce constat d'échec ne fait pas l'unanimité. "Dire que l'école produit des inégalités me gêne, confie pour BFMTV.com Claude Lelièvre, historien de l'éducation. Car ce n'est pas parce que des inégalités sont persistantes que c'est l'école qui les produit." Selon lui, le rapport du Cnesco est même réducteur. Le spécialiste évoque les travaux de l'une de ses doctorantes qui a prouvé, dans une enquête menée dans trois départements différents -dont la Seine-Saint-Denis- que certains dispositifs d'éducation prioritaire se sont montrés concluants.

"Les résultats étaient positifs, tant sur le plan du climat scolaire que des progrès des élèves. Certes, ces expériences restent minoritaires, mais ne sont pas marginales. Si l'étude du Cnesco a le mérite d'attirer l'attention, elle globalise des situations différentes."

"Recrachage" et résistances

Sans compter que certains estiment que le problème est bien plus large et ne se limite pas à un seul dispositif, responsable de tous les maux.

"C'est tout le système qui est un immense écrémage car il repose sur une idée élitiste: le bac, ce pousse au crime égalitaire, avec l'obsession de la meilleure note, de la meilleure filière, ajoute Michel Fize. Le constat de l'égalité ou de l'inégalité repose sur une évaluation des seules connaissances à un exercice de mémoire. Ce qui sous-entend que si vous n'êtes pas un bon "recracheur", vous êtes un échouant."

Marie Duru-Bellat avance une autre raison à cet échec de l'école, bien loin des cours de récréation. "Il y a des résistances. Certaines mesures, qui pourraient être tout à fait efficaces comme envoyer les professeurs les plus expérimentés dans les zones les plus difficiles, ou mélanger les élèves de différentes écoles, ne sont pas populaires." Car, selon la sociologue, la question de l'éducation est loin d'être consensuelle. "Et pour les politiques, c'est un sujet glissant, conflictuel et bien plus difficile qu'il n'en a l'air."