BFM

Dédoublements des classes de CP en zone prioritaire: quel bilan?

BFM Antoine Maes
Jean-Michel Blanquer dans une classe d'une école élémentaire de Toulouse, en novembre 2017.

Jean-Michel Blanquer dans une classe d'une école élémentaire de Toulouse, en novembre 2017. - REMY GABALDA / AFP

Le dédoublement des classes de CP en zone prioritaire, lancé en 2017, est étendu pour la rentrée aux classes de CE1 en REP+. Les premiers retours font état d’une meilleure qualité d’apprentissage malgré des contraintes d’organisation.

C’était la mesure phare de Jean-Michel Blanquer pour la rentrée 2017: dédoubler toutes les classes de CP en zone d’éducation prioritaire classées REP+, pour que les élèves ne soient jamais plus de 12. Pour la rentrée 2018, le dispositif est désormais étendu à toutes les classes de CP en REP et aux CE1 en REP+. Ils sont désormais 190.000 élèves en France à bénéficier de cet allègement des effectifs, avec pour objectif qu’ils soient 300.000 en 2019. L’idée du ministère de l’Education nationale? "Progresser dans la capacité de l’Ecole française à réduire les inégalités sociales" en agissant "à la racine en portant une attention spécifique aux plus fragiles". A la sortie de l’école primaire, 20% des élèves ne maîtrisent en effet pas les savoirs fondamentaux, selon les propres chiffres du ministère.

Sur les bienfaits en termes d’apprentissages, les retours sont pour le moment assez unanimes. Chez les parents d’élèves, "c’est plutôt un bilan positif", confirme Samuel Cywie, porte-parole de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP).

"On nous fait remonter une amélioration des apprentissages pour tous les élèves. Il y a aussi une amélioration du climat scolaire dans la classe. Ce qui n’est pas étonnant d’ailleurs: quand on passe à une classe avec une dizaine d’élèves, on perd moins de temps à faire la police, ça tombe sous le sens. La logique nous semble imparable: à 12 par classe quand on a 6 ans, on apprend mieux que quand on est 22. Quand on sait que la plupart des enfants qui sont en décrochage en fin de 3e l’étaient déjà à l’entrée au collège, c’est important de mettre les moyens pour les plus petits".

"Ponctuellement nous sommes sûrs des effets positifs"

"Oui, la baisse des effectifs est vraiment un levier puissant qui favorise la réussite scolaire", abonde Francette Popineau, porte-parole du SNUIPP-FSU, le syndicat national des instituteurs et professeurs des écoles. En juin dernier, il syndicat dévoilait les résultats d’une enquête réalisée auprès de 10% des professeurs des écoles concernées. Pour 71% des sondés, les compétences sont acquises plus rapidement, 90% estiment que le climat de classe est plus apaisé, 84% pensent que les interactions entre les élèves sont favorisées, et 59% indiquent que les élèves sont plus autonomes.

"Ponctuellement nous sommes sûrs des effets positifs, reprend Francette Popineau. Maintenant il faut voir ce qu’il va en rester à long terme". Le ministère de l’Education nationale indique que "les évaluations en CP, CE1 et 6e offriront des indications intéressantes", alors qu’un "groupe de chercheurs de plusieurs universités a été mis en place (…) pour évaluer l’impact de la mesure de dédoublement". Il rendra ses premières observations pour les CP en REP+ fin 2018.

"Ce dédoublement apporte des effets positifs mais est fait au détriment d’autres élèves"

Mais plus que l’efficacité du dédoublement, ce sont les moyens mis en œuvre qui prêtent encore à polémique. Et d’abord au niveau des effectifs nécessaires à l’encadrement des enfants. "Nous avons toujours œuvré pour que ce dispositif se mette en place avec les moyens qui doivent aller avec, remarque Carla Dugault, vice-présidente de la FCPE. Malheureusement, nous constatons aujourd’hui que ces derniers manquent. Le ministre a prévu 3880 postes supplémentaires, mais quid des remplaçants? A ce jour, nous n’avons aucune garantie sur la capacité du ministère à pallier d’éventuelles absences". "Il faudrait 5.400 postes pour couvrir tous les dédoublements, assure de son côté Francette Popineau. Les postes ont été récupérés sur le dispositif "Plus de maîtres" et sur les écoles rurales. Ce dédoublement, qui apporte des effets positifs sans aucun doute d’un côté, se fait quand même au détriment d’autres élèves".

Mercredi, lors de sa conférence de presse de rentrée, Jean-Michel Blanquer s’est défendu de "déshabiller Pierre pour habiller Paul".

"Nous avons les postes qui vont avec cette nouvelle mesure, nous avons même plus de postes que ce qui va avec cette nouvelle mesure. Ce n’est pas une opinion, ce sont des choses démontrables, ce sont des faits budgétaires. Pendant toute l’année, à partir du moment où on ne pouvait plus critiquer le CP à 12 en tant que tel, on a cherché des moyens périphériques de critiquer cette mesure", a indiqué le ministre. 

"Dans l’immense majorité des cas ça fonctionne"

Selon lui, "chaque département de France, et a fortiori les départements ruraux, voient leur taux d’encadrement à l’école primaire s’améliorer. Nous battons un record historique du taux d’encadrement, sous l’effet de l’augmentation du nombre de postes et de la baisse démographique".

L’autre point d’achoppement concerne par ailleurs des problèmes logistiques, toutes les écoles n’ayant pas les moyens de s’offrir des salles de classe supplémentaires.

"Certains avaient encore des locaux, mais maintenant c’est très rare, assure Francette Popineau. L’école ne peut pas pousser les murs: elle a déjà pris la salle d’arts plastiques, elle a déjà pris la bibliothèque, il ne reste plus grand-chose. Il y a des endroits où ça ne se fera pas, comme à Marseille, où ils ne peuvent pas du tout le faire".

Selon Jean-Michel Blanquer, 87% des communes ont réussi le dédoublement en 2017, un taux qui pour cette rentrée tourne autour de 80% à 85%. "Ce qu’il faut retenir, c’est que dans l’immense majorité des cas, ça fonctionne, et que même dans la petite minorité où il y a une difficulté, nous faisons des adaptations qui sont intéressantes", promet le ministre, qui cite l’exemple de ces salles où cohabitent deux classent et deux professeurs.