Écoles fermées, population confinée: comment expliquer aux enfants cette situation inédite

Un enfant à Stamford, aux Etats-Unis, le 17 mars 2020. - JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Confinement, pandémie, cluster… Pour les enfants, l'épidémie de coronavirus est synonyme de mots nouveaux. Et de situations exceptionnelles: sorties du domicile fortement limitées depuis la fin de semaine dernière, écoles fermées jusqu'à nouvel ordre depuis ce lundi et avec le confinement depuis mardi, de premières journées passées entièrement à la maison avec leurs parents.
- Dire la vérité
Pour ces derniers, une difficulté s'ajoute: comment expliquer ce contexte exceptionnel aux plus jeunes? Faut-il tout dire aux enfants ou au contraire tenter de les rassurer? Jean-Luc Aubert, psychologue pour enfants, estime que la vérité doit être dite.
"On pourrait croire qu'il faut leur mentir ou leur cacher des choses, notamment pour les épargner. Mais en croyant bien faire, cela pourrait être bien pire", analyse-t-il pour BFMTV.com. Car selon lui, les enfants pourraient s'imaginer et fantasmer une réalité bien plus effrayante qu'elle ne l'est réellement.
Autre argument en faveur de la vérité: "Il en va de la relation de confiance entre l'enfant et les parents", estime Jean-Luc Aubert. Et selon ce psychologue, "pour le tout petit, c'est avant tout la parole du parent qui compte plus que tout".
L'une des bonnes manières pour aborder cette vérité: demander à l'enfant son point de vue, conseille Béatrice Copper-Royer, psychologue spécialiste de l'enfance et de l'adolescence.
"Le parent peut lui demander ce qu'il en pense, recommande-t-elle pour BFMTV.com. Cela permet de savoir où en est l'enfant, son niveau de compréhension et ses représentations mentales."
- Un vocabulaire simple
Pour François Dufour, rédacteur en chef et co-fondateur des journaux Le Petit Quotidien et Mon Quotidien qui s'adressent aux enfants, l'autre impératif est d'éviter les mots compliqués.
"Propagation, contamination, ce sont des termes qui ne veulent pas dire grand chose pour eux, pointe-t-il pour BFMTV.com. On peut ainsi utiliser des mots plus simples ou bien aller chercher le sens de ceux-ci dans le dictionnaire, c'est un bon exercice."
Ni dramatiser, ni minorer, l'important est d'expliquer, estime François Dufour qui a décidé de rendre accessible gratuitement ses quotidiens. C'est également l'objectif de notre podcast Les dents et dodo, dont l'un des épisodes est consacré à l'épidémie.
"On ne peut pas nier que la situation ne soit pas grave, on ne peut pas peindre la réalité en rose, les enfants ne vivent pas dans une bulle. Mais on peut déjà s'assurer qu'ils comprennent ce qu'il se passe", juge François Dufour. Sa recette: leur faire répéter les réponses afin de vérifier qu'ils aient bien compris.
- Des réponses concrètes
Florence Millot, psychologue pour enfants et adolescents, recommande pour sa part de formuler les explications les plus concrètes possibles. "Les enfants se sentent concernés par ce qui les touche directement. Ils ne vont plus à l'école, ils ne voient plus leurs copains ni leurs grands-parents: c'est de leur quotidien qu'il est préférable de leur parler plutôt que du stade 3, une notion abstraite", explique-t-elle à BFMTV.com. Ce qui peut passer par des comparaisons.
"On peut leur dire que le virus, c'est comme un orage, on attend qu'il passe pour pouvoir sortir. On peut aussi leur rappeler que quand ils ont été malades par le passé, eux aussi sont restés chez eux pour guérir et ne pas contaminer leurs camarades de classe."
Cette professionnelle formule une autre recommandation: rendre la situation plus rationnelle. "On peut tout à faire dire que la situation est grave, admet Béatrice Copper-Royer. Mais on peut aussi leur dire que les médecins et le gouvernement ont pris des mesures pour ne pas que la maladie se propage davantage, notamment en nous donnant l'ordre de rester chez nous."
- Les faits contre les opinions
Autre donnée à prendre en compte: les rumeurs auxquelles les adolescents peuvent être confrontés, notamment sur les réseaux sociaux. Pour François Dufour, il est important de leur apprendre à distinguer un fait d'une opinion.
"On peut leur expliquer qu'il y a des menteurs qui racontent de fausses informations et qu'il faut s'en méfier. Un fait, on peut le vérifier alors qu'une opinion est relative. Un exemple: dimanche, peu de Français sont allés voter, c'est un fait. Pour certains, il aurait fallu reporter les élections, c'est une opinion."
Il invite ainsi les parents à rester le plus factuel possible. Au-delà de la volonté de se vouloir rassurant, François Dufour assure qu'il y a "beaucoup d'informations positives que l'on peut souligner". "On peut dire aux enfants que la France est bien équipée en hôpitaux, que les médecins travaillent beaucoup. On peut évoquer les actes de solidarité ou de respect des autres."
- Une présentation neutre
Même recommandation pour Jean-Luc Aubert, auteur de la chaîne youtube Question de psy, qui invite les parents à évoquer le coronavirus de manière la plus neutre et sereine possibles.
"Répondre aux question qu'ils se posent, oui. Mais en rajouter et se perdre dans de longs discours, non. En voulant trop bien faire, le risque est d'ajouter de l'angoisse à l'angoisse. Les enfants ont besoin de s'appuyer sur la sérénité des parents. Et n'ont pas forcément besoin d'en savoir autant que nous."
Pour Florence Millot, rassurer l'enfant passe aussi par le fait de savoir éteindre la télévision ou la radio. "On peut tout à fait s'informer mais aussi décider de passer à autre chose, notamment avec les activités scolaires, une fois que l'on a compris les gestes à suivre."












