Ecole: vers un système de notation sans notes

Le conseil des programmes a remis un rapport à Najat Vallaud-Belkacem préconisant la suppression des notes. - Stéphane de Sakutin - AFP
Relâcher la pression sur les élèves et surtout sur les collégiens. Au vu des conclusions que Conseil supérieur des programmes (CSP) a remis il y a quelques jours à la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, ce pourrait bien être le nouveau mot d'ordre donné aux professeurs.
Depuis plusieurs mois, l'idée de la suppression des notes dans le système scolaire prend de l'ampleur; avec ce nouveau rapport, elle pourrait devenir réalité. Installé en 2013 par Vincent Peillon, le Conseil supérieur des programmes a établi un cahier des charges pour le gouvernement, dans lequel il préconise ni plus ni moins la suppression des notes, ainsi qu'une réforme du brevet des collèges, en le transformant en une seule épreuve, contre quatre actuellement.
Resserrer les barèmes
En lieu et place des actuelles notes allant de 0 à 20, le Conseil supérieur des programmes suggère de mettre en place un barème plus serré allant de 1 à 6, comme en Allemagne, ou un système de lettre, comme aux Etats-Unis.
"Nous proposons simplement des grilles à six ou sept niveaux d'évaluation parce que ce sont des grilles à la fois très précises et qui évitent une tradition française qui consiste, à travers la note inférieure à 10 et notamment les notes plus basses, à valoriser l'échec plutôt que d'encourager la réussite", commente Michel Lussault, le président du Conseil.
Dans ce document, le CSP rappelle que "l'erreur ne doit pas être ressentie comme une faute". Jugeant que la pratique de "la moyenne des moyennes" ne fournit aucun élément concret de progression et "devrait être donc abandonné".
Crainte d'une baisse des efforts
Autre préconisation adressée à la ministre: réduire le nombre de contrôles et réformer le brevet. Aujourd'hui, composé de trois épreuves écrites et d'un contrôle continu, d'une épreuve orale d'histoire des arts ainsi que d'une validation de la maîtrise des sept compétences de socle commun, avec ce système, on peut rater son brevet et passer en seconde comme on peut l'obtenir et redoubler sa troisième.
"C'est un rapport assez audacieux", juge Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat UNSA-Education. "Il met un petit peu les pieds dans le plat. L'évaluation doit mesurer les progrès des élèves et doit éviter de stigmatiser en permanence les élèves".
Pour d'autres syndicats, au contraire, ces préconisations ne sont pas à suivre, prenant pour exemple le modèle suédois. "Le gouvernement suédois s'est rendu compte finalement que d'avoir supprimer les notes ne rendait service ni aux élèves, ni aux familles, ni aux enseignants, elles ont donc été rétablies", explique Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du SNES, le Syndicat national des enseignants du second degré.
Conférence sur l'évaluation
Selon un document du Conseil des programmes, les élèves seront désormais jugés sur un bloc de compétences. Ainsi, dans le bloc "Comprendre, s'exprimer en utilisant la langue française à l'oral et à l'écrit", anciennement "maîtrise de la langue française", à la fin du CE2, l'enfant sera évalué sur sa capacité à "faire à l’oral un récit structuré. Communiquer en se faisant comprendre devant la classe. Ecrire de manière autonome un texte court". Puis, à la fin de la classe de troisième, l'élève devra pouvoir "formuler des idées" et "interagir à l'oral de façon argumentée en employant une langue adaptée à la situation de communication".
Lancée en juin dernier par l'ancien ministre de l'Education nationale, Benoît Hamon, cette consultation nationale sur l'évaluation des élèves doit mettre fin aux "notes-sanctions". Le 11 et le 12 décembre se tiendra la Conférence sur l'évaluation. Deux jours d'auditions, de recommandations sous la direction de Najat Vallaud-Belkacem, pour définir le futur système de notation en France.












