Distilbène : une victime indemnisée, une autre déboutée

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La cour d'appel de Paris a condamné vendredi les laboratoires UCB Pharma et Novartis à indemniser une « fille Distilbène » exposée à la molécule nocive. Une autre plaignante a par contre été déboutée au motif que son exposition n'est pas prouvé pour la justice. Les deux femmes se battent contre les laboratoires depuis plusieurs années pour obtenir leur indemnisation. Elles ont plaidé qu'elles avaient été exposées, pendant la grossesse de leur mère, à la molécule diéthylstilboestrol (DES), ce qui leur a valu de développer, des décennies plus tard, un cancer de l'utérus pour l'une, et des complications obstétricales pour l'autre.
Le Distilbène a été prescrite en France entre 1940 et 1975, afin de prévenir les fausses couches. Environ 160 000 filles exposées dans le ventre de leur mère à cette molécule ont développé des cancers et des malformations. Certaines ont multiplié les fausses couches, d’autres sont devenus stérile.
188 000 euros d’indemnisation
La première des deux plaignantes, prénommée Marie-Elise, a donc obtenu une indemnisation de 188 000 euros, que les deux laboratoires ont été condamnés solidairement à payer, de même que 12 000 à son mari et 9 000 euros à sa mère, ainsi que 15 000 euros pour les frais de justice.
La seconde, qui se prénomme Sophie, a quant à elle été déboutée au motif qu'il « s'avère que l'ensemble des éléments soumis à la cour ne peuvent constituer des présomptions graves, précises et concordantes de son exposition effective à la molécule litigieuse ». Et ce bien qu'elle ait « présenté certaines malformations et anomalies décrites dans la littérature médicale comme étant les conséquences d'une exposition in utero », selon l'arrêt de la cour. Celle-ci « oblige cette femme à justifier de documents contemporains » de son exposition à la molécule alors qu'elle n'en dispose pas, selon son avocate Me Martine Verdier.
Si elle en a « la force », sa cliente contestera cette décision devant la Cour de cassation, dans l'espoir de faire reconnaître une « présomption de causalité », a-t-elle ajouté. « Il faut que la règle de droit s'adapte à cette problématique tout à fait hors norme qu'est le Distilbène », a-t-elle poursuivi.
« Un grand merci pour toutes celles qui sont touchées »
Sarah, elle aussi « fille Distilbène » a accueilli avec joie cette condamnation des deux laboratoires pharmaceutiques. A 32 ans, elle a déja fait deux fausses couches. Elle tient à remercier Marie-Elise : « Je la remercie d'avoir tenu. Ce n’est pas facile de combattre des labos de cette envergure. Vous êtes toute seule face à des labos très puissants. Face à une injustice, elle est restée debout. Donc c'est un grand merci, pour toutes toutes celles qui sont touchées, les mères, les filles. Pour toutes ces personnes, c'est une victoire ».












