Contestation lycéenne: "Mili", le collectif "antisystème" qui perce

Le personnel de sécurité, avec des brassards orange, pulvérise du gaz lacrymogène alors qu'il est submergé par des jeunes cagoulés et masqués, lors de manifestations le 13 novembre 2014, à Paris. - Thomas Samson - AFP
C'est un collectif, "pas un groupuscule". Peut-être pour bien marquer sa différence avec l'extrême droite, le "Mouvement inter luttes indépendant"(Mili) se veut précis quant aux mots employés pour le qualifier. Créé à l'automne 2013 lors de l'affaire Leonarda, du nom de cette collégienne expulsée avec sa famille en Roumanie, il est au cœur de la mobilisation des lycéens et des étudiants. Des manifestants qui ce jeudi encore s'indignent des "violences policières" et de leur plus criante expression, à savoir de la mort de Rémi Fraisse, opposant au barrage de Sivens.
Mais le champ revendicatif du Mili excède largement cette affaire. Sur sa page Facebook, le mouvement de lycéens expose sa raison d'être: "Lutter contre toutes les formes de discrimination." Vaste programme qui semble plaire autant par sa spontanéité que par son rejet de toute tentative, fut-elle formulée mezza voce, de toute récupération. Dénonciation de la violence de l'Etat en général, des expulsions des lycéens sans-papiers, défense du droit au logement…
Affilié à aucun parti, partisan d'aucune récupération
"Nous ne sommes pas de l'extrême gauche. Nous menons juste un combat global et total contre l'oppression, d'où qu'elle vienne", écrivait le Mili sur son compte Twitter cité par RMC. La radio avait le 7 novembre interviewé un jeune homme répondant au prénom de "Jean". Ce qu'il disait à propos de Jean-Luc Mélenchon était édifiant: "Il est bien mignon de s'associer à nous, mais nous ne sommes affiliés à aucun parti politique. Tous ces récupérateurs électoralistes, on se détache d'eux." La rupture face à tous les politiques, mais aussi les syndicats étudiants et lycéens (FIDL UNL) qui y sont assimilés, est consommée.
Les revendications ne se calquent pas sur le programme de tel ou tel, mais paraissent opportunistes: "On parle de Rémi Fraisse parce que c'est l'élément déclencheur, mais on se mobilise contre les violences policières en général et pour qu'il y ait une justice", justifiait encore Jean.
Pas de chef, mais des actions concrètes
Après avoir été initié par des lycéens, le Mili, qui a d'ailleurs changé de nom en cours de route, explique qu'il a "décidé de s'ouvrir aux collégiens et aux étudiants, organisés ou pas". Cette dernière précision a son importance, car le Mili n'a pas de chef désigné et "applique la démocratie directe pour prendre des décisions". Rejetant l'idée de n'être qu'un "spectre" limité au "cyber-militantisme" et aux "pétitions", le mouvement revendique aussi le principe d'"actions concrètes", "dans la rue" où "tout se passe".
Pour Jean, la traduction en actes coule de source: "Pour se faire entendre, il faut perturber. Il n'y a que ça à faire, alors perturbons." Le levier de leur action est aujourd'hui le blocage des lycées. S'il faut éviter tout amalgame entre les membres actifs du Mili et l'ensemble des lycéens ou étudiants qui manifestent, l'appel à la mobilisation trouve, jusque-là, un écho plutôt favorable.












