Comment les Françaises et Français confinés gèrent leurs réserves de nourriture

Des clients devant le supermarché de Forville, en Belgique, le 18 mars 2020 - John Thys-AFP
Alors que les Françaises et Français sont appelés à rester chez eux en cette période d'épidémie de coronavirus, qu'ils ne peuvent plus sortir qu'à de rares exceptions et à condition de présenter une attestation, plus question de sortir faire les courses "une fois pour aller chez le boucher, une fois pour aller chez le maraîcher, une fois pour aller au supermarché", comme l'expliquait Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement. La consigne est de regrouper les achats et de sortir le moins possible. Ce qui signifie pour certains faire des réserves.
"Un paquet de papier toilette supplémentaire"
Pauline*, une jeune femme enceinte âgée de 22 ans qui habite dans un village du sud de la Seine-et-Marne, n'a pas voulu céder à la panique, contrairement à ces clients qui se sont rués sur les produits à longue conservation. Si elle a prévu de quoi se nourrir pour deux semaines, elle n'a pas non plus fait des courses pour tenir un siège, indique-t-elle à BFMTV.com.
"J'ai acheté un paquet de rouleaux de papier toilette supplémentaire, congelé de la viande mais je ne me suis pas ruée dans le magasin dès 8 heures. J'ai fait comme d'habitude."
Elle a même été surprise d'avoir pu déambuler dans un hypermarché d'une commune voisine quasi-désert avec des rayons bien remplis. "J'y suis allée mardi après-midi en sortant de mon rendez-vous chez la sage femme, il n'y avait personne." Si elle s'est équipée pour l'occasion de gants et d'un masque de protection, elle précise cependant qu'elle n'y retournera plus, par précaution. Un de ses proches se chargera de ses commissions à venir.
"Mon congélateur est petit"
Evelyne Lenoir, une retraitée de 72 ans qui réside seule dans son pavillon de Seine-et-Marne, à côté de Fontainebleau, ne craint pas le risque de pénurie alimentaire. "Je ne suis pas stressée, ça ne m'empêche pas de dormir", confie-t-elle.
Si elle assure avoir quelques boîtes de sardines, de thon, des conserves de légumes, deux ou trois paquets de pâtes et de riz en réserve, elle ne comprend pas que certains dévalisent les magasins. "Tout le monde a dit qu'il n'y aurait pas de rupture de stock et je le vois bien, les magasins sont régulièrement réapprovisionnés."
La septuagénaire a bien quelques sachets de légumes au congélateur, mais elle n'a pas prévu de faire davantage de réserves. "De toute façon mon congélateur est petit."
"Je ne suis pas du genre à remplir mon caddie à ras bord, j'irai au supermarché une fois par semaine en me protégeant avec des gants et en me désinfectant les mains après, ça suffira bien."
Deux tablettes de chocolat
Pas d'inquiétude non plus pour Maryse Berlinger, une retraitée de 73 ans qui vit avec son mari de 77 ans dans un petit village sans commerce de Seine-et-Marne. Mais ce dernier ayant déjà "naturellement" l'habitude de stocker, notamment le pain, elle assure avoir de quoi tenir.
"On doit avoir une dizaine de baguettes au congélateur, explique-t-elle. Ce qui ne change pas de l'ordinaire. C'est vital pour mon conjoint d'en avoir tous les jours. Il a l'habitude le matin d'aller acheter le journal et le pain. Là, ça lui fait bizarre. Il ne peut plus sortir, il est même jaloux des voisins qui sortent promener leur chien."
Avant le début du confinement mardi midi, le couple est allé "acheter ce qu'il manquait", notamment un paquet de pâtes et deux tablettes de chocolat. "On a fait comme d'habitude, mais il n'y avait plus de légumes." Au total, une trentaine d'euros de courses, bien loin des quelque 700 euros de conserves et épicerie longue conservation enregistrés récemment par un caissier d'un supermarché parisien qui a fait part de cette anecdote à BFMTV.com.
"Tant qu'on aura le droit de sortir, on remplira l'attestation et on ressortira acheter ce qu'il nous manque", ajoute la retraitée, qui compte tout de même sur leurs trois poules pour leur fournir des œufs frais.
"De notre balcon, je vois qu'il n'y a pas de file d'attente"
Laure*, une Parisienne de 32 ans et mère d'une petite fille de 19 mois, n'a réalisé que très tardivement la possibilité d'être confiné. "Lundi, j'ai compris qu'on ne pourrait plus sortir. Tout d'un coup j'ai eu un peu peur, surtout pour notre fille", raconte-t-elle. Elle est alors allée faire des courses, notamment pour son enfant. Dans son panier: "principalement des yaourts, des compotes et des produits frais pour elle". Mais aussi trois paquets de pâtes, de riz, de la semoule et du tofu.
"Heureusement, dans notre quartier (elle réside dans le 20e arrondissement de la capitale), il y a plein de commerces alimentaires, nous ne sommes pas tributaires d'un seul supermarché."
Elle et son conjoint ont de quoi tenir jusqu'à la fin de la semaine, indique-t-elle. "Mais il faudra qu'on ressorte, notamment pour acheter du lait pour notre fille et des produits frais." Quant au chat, son conjoint s'est occupé de faire des réserves de croquettes et de litière.
"Je ne suis pas stressée par rapport au ravitaillement alimentaire. Lundi, il n'y avait pas tant de monde que ça dans les magasins autour de chez nous. De notre balcon, je vois qu'il n'y a pas de file d'attente devant la pharmacie. Et puis, de voir que les enfants sont assez peu touchés par la maladie, ça me rassure."
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