Appels à une refonte du système de veille après le Mediator

L'affaire du Mediator, antidiabétique auquel sont imputés 500 à 2.000 décès en France, suscite des appels de plus en plus nombreux à la refonte totale du système de surveillance des médicaments. Un rapport sur ce produit, commercialisé malgré les mises en - -
par Brian Love et Laure Bretton
PARIS (Reuters) - La pression s'est accentuée jeudi en France pour réformer le système de surveillance des médicaments avant la publication d'un rapport sur le Mediator, accusé d'avoir provoqué la mort d'au moins 500 personnes.
L'affaire pourrait représenter un coût de deux milliards d'euros au total pour le système de santé français, a déclaré à Reuters le député socialiste Gérard Bapt, qui présidera la mission d'information parlementaire sur le Mediator.
Cet antidiabétique fabriqué par le laboratoire Servier, également utilisé comme coupe-faim, a été commercialisé et prescrit à au moins cinq millions de personnes en France entre 1976 et 2009, année de son interdiction, alors que sa dangerosité a été signalée dès la fin des années 1990.
"Le remboursement par l'assurance-maladie, ça fait 900 millions d'euros sur les 30 ans", auxquels s'ajoutent 300 millions d'euros pour les assurances complémentaires, a expliqué Gérard Bapt au cours d'un entretien téléphonique.
"J'évalue à plusieurs centaines de millions d'euros ce que vont coûter (à l'Etat) les victimes. Globalement, en ce qui concerne le coût pour le système de santé, on peut évaluer ça en tout aux alentours de deux milliards", a estimé le député.
Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, doit recevoir samedi les experts de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) qui lui remettront leur rapport.
Deux conférences de presse sont prévues à la mi-journée au ministère, de l'Igas et de Xavier Bertrand.
Selon Le Parisien, ce dernier a réuni mercredi soir un comité de suivi de l'affaire du Mediator et a évoqué la création par l'Etat d'un fonds d'indemnisation des victimes.
Plusieurs avocats des victimes rejettent cette perspective, qui pourrait relâcher la pression sur le laboratoire Servier.
RAPPORT MODIFIÉ PAR SERVIER
Dernière d'une longue série de révélations, Libération écrit jeudi que le laboratoire a modifié le rapport commandé à un cardiologue en 2009 pour pouvoir continuer à vendre le Mediator.
Servier reconnaît dans un communiqué avoir procédé à un changement dans la présentation du cardiologue mais nie avoir "minoré les risques éventuels" de son médicament.
Selon plusieurs études, le Mediator est à l'origine directe de maladies cardiaques graves, les valvulopathies, qui auraient provoqué la mort de 500 à 2.000 personnes.
Gérard Bapt, qui est cardiologue, espère que le rapport de l'Igas fera la lumière "sur ce qui s'est passé dans les rouages administratifs, entre les commissions, l'Etat" et l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).
Le président de l'Afssaps, Jean Marimbert, a estimé urgent mercredi de renforcer les contrôles des experts pour éviter les conflits d'intérêts en annonçant son départ de l'agence.
Il réclame la transparence des processus d'évaluation des médicaments, avec des auditions publiques comme aux Etats-Unis et un renforcement du "système de déclaration et de gestion des liens d'intérêts des experts" qui siègent à l'Afssaps.
Mais pour Irène Frachon, la pneumologue qui a contribué à faire éclater l'affaire du Mediator, "il faut aller bien au-delà" de ces pistes de réforme.
Il faut construire "un mur étanche entre l'industrie pharmaceutique et les experts qui autorisent la mise des médicaments sur le marché", explique-t-elle dans France Soir.
Selon elle, "80% des membres de l'Afssaps travaillent avec les laboratoires".
Après avoir déposé plainte pour "homicides et blessures involontaires", l'association de consommateurs UFC-Que Choisir a réclamé jeudi la création d'une "Haute autorité de l'expertise" afin de limiter l'influence de l'industrie pharmaceutique.
Selon Le Canard enchaîné, deux collaborateurs du ministre de la Santé en 2006 étaient liés à Servier au moment où Xavier Bertrand a décidé de proroger le remboursement d'un médicament pourtant jugé inefficace.
Edité par Yves Clarisse












