Accessibilité : une handicapée jugée dans la rue

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Son jugement a été rendu en plein air, sous le regard des passants. Drôle de procès pour Jeanine Mujic, une maman de 39 ans qui se battait pour obtenir la garde de ses trois enfants. Jeudi, elle n’a pas pu se rendre jusqu’à la salle d’audience du tribunal de Briey, en Lorraine. La raison, quatre petites marches que Jeanine, en fauteuil roulant, ne pouvait franchir. L’audience s’est donc déroulée dans la rue.
L’affaire examinée dans la rue
« Les vigils ont refusé de m’aider à monter, raconte la maman, car il y a quelque temps, une personne en fauteuil est arrivée, ils l’ont aidé, et le vigil s’est blessé ». C’est donc une fin de non-recevoir, les vigils ne voulant pas prendre la responsabilité en cas de nouvel accident. Arrive ensuite la greffière, « qui s’excuse, et me propose de passer par le garage souterrain ». Là aussi, quelques marches empêchent la manœuvre. Les pompiers, appelés à la rescousse, ne se déplacent pas car Jeanine n’est pas en danger. Aux grands maux, les grands remèdes, le juge décide d’examiner cette affaire de garde d’enfants en pleine rue, sous le regards des passants.
« On n’est pas des animaux »
« Le président m’a demandé si cela me dérangerait. J’ai dit non, car je voulais que cette affaire se termine. Mais au fond de moi, je me suis dit quand même, je suis gênée. Il y avait du monde autour de moi, les voitures qui passaient, le regard des gens… »
Si Jeanine a décidé de ne pas porter plainte, elle ne laissera pas l’affaire sans suite pour autant. « Je ne vais pas porter plainte, mais je vais faire un courrier au tribunal de grande instance de Nancy, qu’il fasse quelque chose pour avoir une rampe d’accès. Car je ne parle pas qu’en mon nom, mais pour tous les handicapés de France. Je ne suis pas la seule à passer au tribunal en fauteuil. On n’est pas des animaux, on n’a pas à être jugé dans la rue ».
« On est loin d’atteindre les objectifs »
Si le cas de Jeanine a été médiatisé, elle serait pourtant loin d’être la seule à rencontrer ce genre de difficulté. Secrétaire général de la FNATH, une association qui vient en aide aux handicapés, Arnaud de Broca regrette que la loi ne soit pas appliquée. « Il y a une loi de 2005 qui donne jusqu’à 2015 pour rendre accessible ces lieux, explique-t-il. On se rend compte à deux ans de l’échéance qu’on est très loin d’atteindre l’objectif. On cite un chiffre entre 15 et 20% des bâtiments accessibles pour les handicapés. Donc on voit très bien qu’en 2015, on n’arrivera pas à rendre la totalité des bâtiments accessibles ».












