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A 3 ans, 7 ans ou 13 ans, comment aider son enfant à faire bon usage des écrans?

BFM Ambre Lepoivre
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L'usage des écrans par les enfants et les adolescents doit faire l'objet d'une "vigilance raisonnée", avertissent ce mardi trois Académies, tout en soulignant qu'on a encore peu de certitudes sur les effets néfastes de ces technologies. Le pédopsychiatre Bruno Falissard livre à BFMTV.com quelques conseils pour en faire bon usage.

Télévisions, smartphones et tablettes ont envahi notre quotidien. Mais comment en faire bon usage? Y a-t-il un temps d'utilisation à ne pas dépasser? Ce mardi, les académies des sciences, de médecine et des technologies lancent un "appel à la vigilance raisonnée".

Si elles refusent de tomber dans la diabolisation des nouvelles technologies qui "constituent des outils d'ouverture sur le monde", elles mettent toutefois en garde contre un "fétichisme" d'une société 100% numérique. Le professeur Bruno Falissard, pédopsychiatre, fait le point et prodigue quelques conseils d'utilisation.

Avant 3 ans, la communication avec l'enfant est primordiale

Toucher, regarder, expérimenter… Ces actions sont essentielles au développement des enfants de moins de 3 ans. "Cet apprentissage n’est pas génétique. Pour évoluer, le petit humain a besoin d’entendre des mots, même s’il ne les comprend pas encore. Il peut ainsi les corréler avec des mimiques, des émotions", explique à BFMTV.com le professeur Bruno Falissard, pédopsychiatre et membre de l’Académie nationale de médecine.

Le spécialiste a participé au travail de recherche mené par les académies des sciences, de médecine et des technologies qui mettent en garde contre un "usage à visée exclusivement calmante" des tablettes, télévisions et autres smartphones pour les plus petits.

"Rester devant un écran à cet âge ne pourra jamais être aussi bénéfique au développement de l’enfant qu’une vraie communication et présence", insiste le professeur qui concède toutefois que ce n’est pas prouvé scientifiquement. "C’est une question de bon sens." Et d’ajouter: "On ne va pas attendre d’avoir démontré qu’on ne s’occupe pas bien de nos enfants pour y remédier."

Toutefois, les enfants de moins de 3 ans peuvent avoir un usage récréatif des écrans, à condition qu’ils soient accompagnés par un adulte. "Là encore, l’interaction est primordiale. La tablette ne doit pas être une solution pour que les parents puissent se détendre sans s’occuper de son bébé", avertit Bruno Falissard. Il est donc possible d’avoir un recours "mesuré" aux écrans pour faire des jeux d’éveil. 15 minutes par jour pourrait être une bonne moyenne même si le scientifique précise que ce temps reste soumis à l’évaluation des parents.

"Il faut prendre du recul sur l’utilisation qu’on en fait. Dès que vous sentez que votre enfant est scotché à l’écran, il faut arrêter", préconise le pédopsychiatre.
Au-delà de 3 ans, l’autonomie s’installe progressivement

A 3 ans, l’enfant entre à la maternelle, une étape symbolique qui est synonyme d’autonomie. "L’enfant rencontre d’autres petits, il s’émancipe peu à peu. Il faut donc également lui faire confiance sur son usage des écrans. On peut lui laisser entre les mains et le surveiller de loin", détaille Bruno Falissard. "A distance, les parents peuvent analyser la relation de l’enfant avec les écrans et intervenir lorsqu’elle devient problématique."

Les parents peuvent fixer un temps d’écran autorisé que l’enfant à la liberté de répartir comme il le souhaite durant la journée. Il est recommandé d’éviter d’installer une télévision ou un ordinateur dans la chambre de l’enfant, la tentation serait trop grande.

Un enfant est surexposé aux écrans quand il y consacre plusieurs heures par jours (le spécialiste parle de plus de 6 heures quotidiennement) et qu’il présente des signes d’irritabilité, d’isolement. Il est conseillé de consulter un spécialiste pour apprendre à l’enfant à se défaire des écrans. 

Adolescents, attention aux utilisations nocturnes

Toujours dans l’idée d'une autonomie progressive, l’adolescent peut naviguer seul sur le web, à condition qu’il ait bien intégré les risques liés à cette pratique. Vous pouvez définir ensemble un cadre établissant des moments de connexion autorisés. "Les adolescents sont vulnérables et susceptibles de tomber dans l’addiction aux jeux vidéo, réseaux sociaux". Les Académies jugent qu'il faut mieux informer les jeunes des "stratégies" mises en œuvre par les réseaux sociaux et certains jeux vidéo en ligne pour "retenir l'attention des utilisateurs" le plus longtemps possible.

Sur le plan médical, les auteurs rappellent l'impact délétère des écrans sur la qualité du sommeil, essentielle pour les enfants et leurs apprentissages. Il faut notamment limiter le temps d’écran le soir. Les experts notent que 89% des 13-19 ans possèdent un smartphone qu'ils ont pour habitude de laisser allumé durant la nuit, avec le risque d'être réveillés par la réceptions de SMS ou autres notifications.

"Il faut limiter le temps d’écran le soir car la lumière bleue empêche la sécrétion de mélatonine ce qui perturbe l’alternance entre veille et sommeil", note Bruno Falissard qui rappelle que l’on a besoin de 7 ou 8 heures de sommeil par nuit.

Il en résulte qu’un adolescent sur trois affiche une dette de sommeil. Et penser qu'on peut "rattraper" le week-end le sommeil en retard est une idée reçue. Ce déséquilibre peut avoir des conséquence sur la santé, entraînant notamment l’obésité, ou une irritabilité notoire. Les adolescents doivent par ailleurs être informés sur les dangers de la pornographie et du harcèlement.

Parents, ayez une utilisation modérée des écrans

Les parents doivent aussi faire attention à leur propre usage des technologies. "Quand vous vous occupez d’un enfant en bas âge, veillez à être concentré sur lui et non sur votre smartphone ou tablette, toujours dans cet esprit de communication nécessaire au développement des petits", note le pédopsychiatre.

"Plus votre enfant grandit, plus vous pouvez acquérir de l’autonomie quant à l’usage des écrans, comme l’enfant."