Vaccination des enfants: pourquoi les soignants en font désormais une priorité

Dans le centre de vaccination de Valenciennes dont il assure la coordination, Rémi Kasprzyk se réjouit devant nos caméras ce mercredi: "On est déjà à une vingtaine de rendez-vous pour des enfants aujourd'hui." Un enthousiasme qu'il a mesuré dès mardi quand il a dû expliquer à des parents pressés qu'il faudrait repasser.
C'est en effet ce mercredi que la France commence à administrer ses premières doses vaccinales anti-Covid-19 à destination des 5-11 ans. Mais tandis qu'on sait que les formes graves de la pandémie sont rares chez les enfants, faire de ce très jeune public une priorité se justifie-t-il alors que 11% environ des Français de plus de 12 ans n'étaient pas encore complètement vaccinés lundi soir et même 12,5% des plus de 80 ans, selon Santé Publique France?
Autorités sanitaires et soignants répondent point par point à ces objections ce mercredi.
360.000 enfants concernés
Tout d'abord, tous les enfants âgés de 5 à 11 ans ne sont pas (encore) concernés. Seuls les individus de cet âge présentant une vulnérabilité particulière en cas de contamination par le virus sont pour le moment éligibles.
Un énoncé qui pourrait paraît paraître vague. Aussi, Brigitte Virey, présidente du Syndicat national des pédiatres, en duplex sur notre antenne ce mercredi, a-t-elle précisé les contours de cette catégorie.
"Il y a un registre assez large, ça peut aller de l'enfant qui a un diabète, qui est obèse - on sait que l'obésité est une comorbidité importante -, les enfants qui ont un déficit immunitaire, une pathologie neuromusculaire ou neurologique grave, des asthmes sévères."
Soit 360.000 patients potentiels, qui ne sont toutefois pas sujets aux mêmes risques. Edouard Obadia, médecin réanimateur à l'hôpital Claude-Galien de Quincy-sous-Sénart dans l'Essonne, a rappelé sur notre plateau que tous n'étaient pas éligibles au même titre:
"Ceux que nous vaccinons à partir d'aujourd'hui sont ceux qui ont un bénéfice personnel de cette vaccination parce qu'ils ont un risque de faire des formes graves et on a vu malheureusement des enfants dans les services de réanimation pédiatriques parce qu'il avaient des comorbidités".
Le spécialiste a ensuite désigné un second groupe: "Et puis il y a les 5-11 ans dont le bénéfice n'est pas évident car ils sont en bonne santé mais qui sont dans une cellule familiale avec des parents qui ont des comorbidités sévères qui peuvent les emmener vers des formes graves".
Une dose particulièrement diluée
Tout de même, une réserve demeure. On navigue encore à vue quant aux effets secondaires éventuels de la vaccination auprès de ce public ultra-sensible. Invité ce mercredi matin sur notre chaîne, le professeur Cyrille Cohen directeur du laboratoire d'immunothérapie à l'Université de Bar Ilan à Tel Aviv et membre du Conseil consultatif sur les effets du vaccin auprès du ministère de la Santé israélien - Israël où on a entrepris d'inoculer tous les 5-11 ans il y a trois semaines - a rassuré: "On n'a pas vu de signaux alarmants mis à part un peu de fatigue, de fièvre, de courbatures". Il a cependant reconnu: "On n'a pas encore suffisamment de données à long terme".
Cette incertitude persistante explique notamment qu'en France, on injectera aux enfants des doses de Pfizer à la concentration plus diluée que celle proposée aux adultes.
"Il faudra un booster même pour les enfants"
Quant à étendre encore davantage la vaccination, on attendra. La France entend disposer des données américaines sur la vaccination des enfants aux Etats-Unis - initiée dès le 3 novembre - avant de se décider.
Mais pour Brigitte Virey, toujours sur notre antenne, l'issue est inévitable.
"Je pense qu'on y arrivera".
"Une fois qu'on aura ces données américaines qui pourront rassurer, je pense qu'il va falloir lancer la vaccination de tous ces enfants parce qu'on sait bien qu'avec le variant Delta puis Omicron qui arrive, il va falloir une protection", a-t-elle appuyé. Elle s'est même projetée en direction de l'étape suivante, celle d'un futur rappel: "Et il faudra un booster, même pour les enfants".











