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Maladie d'Alzheimer: la perte des neurones est très limitée

BFM Alexandra Bresson
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Et si la maladie d'Alzheimer ne devait pas être totalement considérée comme une maladie neurodégénérative? Une étude franco-canadienne remet aujourd’hui en question ce dogme, les chercheurs affirmant que les troubles cognitifs des patients seraient causés par un mauvais fonctionnement des synapses plutôt que par leur perte.

La maladie d’Alzheimer est une lente dégénérescence des neurones, qui débute au niveau de l’hippocampe puis s’étend au reste du cerveau. "Elle se caractérise par des troubles de la mémoire à court terme, des fonctions d’exécution et de l’orientation dans le temps et l’espace. Le malade perd progressivement ses facultés cognitives et son autonomie", précise l'Inserm qui estime qu'environ 900.000 personnes en souffrent en France.

La connaissance des facteurs de risque et des mécanismes de cette maladie a évolué de façon spectaculaire au cours des dernières années, pour ralentir ou essayer d'offrir un traitement. Or, une récente étude franco-canadienne bouscule le consensus scientifique actuel, celui qui considère la maladie d'Alzheimer comme une maladie neurodégénérative, c'est-à-dire accompagnée d'une perte progressive et importante de neurones et de leurs terminaisons nerveuses, dites synapses.

Menée sur plus de 170 sujets décédés qui étaient atteints d’Alzheimer à des stades différents, ces travaux montrent au contraire que la maladie s’accompagne d’une faible diminution de marqueurs neuronaux et synaptiques. Les deux scientifiques ne s'attendaient pas du tout à cette découverte: ils espéraient trouver un marqueur de la maladie au niveau des synapses au fur et à mesure de sa progression.

Changer d'approche thérapeutique

"En étudiant le devenir de huit marqueurs neuronaux ou synaptiques situés dans le cortex préfrontal de nos sujets, nous n’avons constaté, à notre grande surprise, que de très faibles pertes de neurones et de synapses. Notre étude suggère donc que, contrairement à ce qu’on pensait, la perte neuronale et synaptique est relativement limitée dans la maladie d’Alzheimer. C’est un changement radical de perspective", explique le Pr Salah El Mestikawy, de l’université McGill.

Partant de ce premier constat, l'équipe scientifique a ensuite cherché à établir une corrélation entre l’ensemble de ces baisses synaptiques limitées et le niveau de démence de tous les participants étudiés. Les résultats ont confirmé le fait que les baisses des biomarqueurs synaptiques n’auraient que peu d’impact sur les capacités cognitives des sujets. L'étude suggère ainsi que la démence serait liée à un dysfonctionnement des synapses, donc des connexions entre les neurones, plutôt qu’à leur disparition du cortex des patients.

Selon ses conclusions, l’identification de ce dysfonctionnement pourrait aboutir à des traitements efficaces de cette maladie car à ce jour, aucun d'entre eux ne peut guérir ni stopper son évolution. "Jusqu’à aujourd’hui, les interventions thérapeutiques visaient à ralentir la destruction des synapses", indique Salah El Mestikawy. Interrogé sur la suite de leur recherche par l'hebdomadaire canadien La Presse, le chercheur indique que d'autres travaux sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

L'idée serait d'étudier les synapses dans plusieurs autres régions du cerveau que le cortex préfontal, comme l'hippocampe, zone impliquée dans le phénomène de mémorisation. Il espère qu'à terme, une technique appelée tomographie par émission de positons (TEP), qui consiste à injecter des radiotraceurs qui vont se lier spécifiquement aux lésions cérébrales caractéristiques de la maladie, pourrait permettre de mesurer les synapses directement dans le cerveau des patients vivants, et ce pendant des années, pour constater d'éventuels changements.