La Cour des comptes alerte sur des failles dans la prise en charge des AVC

Chaque année, 120.000 personnes sont victimes d'un AVC en France. Parmi elles, 30.000 en meurent. Dans un rapport publié ce mardi 28 octobre, soit la veille de la Journée mondiale de l'AVC, la Cour des comptes a alerté sur les failles dans la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux.
Tout d'abord, la prévention est beaucoup trop négligée et ne fait pas l'objet d'une politique spécifique. "La prévention de l’AVC se rattache à celle des maladies cardiovasculaires, dont elle partage les facteurs de risque associés, comportementaux (tabac, alcool, alimentation, sédentarité) et métaboliques (hypertension artérielle, diabète, cholestérol)", pointe la Cour des comptes.
Des facteurs à risque méconnus
Si l'hypertension est le facteur à risque principal de l'accident vasculaire cérébral, son "dépistage et sa prise en charge stagnent, voire régressent pour les femmes, et sont loin de ceux atteints dans les autres pays développés", alerte le rapport, qui précise que "la lutte contre l’hypertension devrait davantage constituer une priorité de la politique de prévention".
D'autres facteurs à risque de l'AVC restent toujours méconnus dans la société, tels que "l’apnée du sommeil, l’usage de drogues ou encore l’association de la contraception chimique et du tabac chez les jeunes femmes", explique la Cour des comptes.
Les personnes présentant des comorbidités, celles de plus de 60 ans ou encore celles ayant connu un accident ischémique transitoire sont particulièrement exposées au risque d'AVC. Pourtant, "la prévention de cette pathologie apparaît insuffisamment orientée sur le dépistage et le suivi des populations" à risque, met en garde la Cour des comptes, pour qui il est nécessaire de "définir une stratégie nationale de communication sur la connaissance de l’AVC par la population", entre autres.
Une offre de soins inférieure aux besoins
En 2010, un plan AVC prévoyait la création de 140 unités neuro-vasculaires (UNV), lesquelles prennent en charge en urgence les patients ayant un accident vasculaire cérébral. Si l'objectif a été atteint, le nombre d'UNV est aujourd'hui inférieur aux besoins identifiés par les agences régionales de santé (ARS), et "l’offre de soins spécialisés reste inégalement répartie sur le territoire".
Le rapport interroge aussi la prise en charge des victimes d'AVC. Seulement 50% d'entre elles ont pu bénéficier d'un passage dans une unité neuro-vasculaire en 2023. Bien loin de l'objectif des 90%. "Confrontées à des difficultés de recrutement médical et paramédical", les UNV doivent parfois refuser des patients ou fermer des lits.
Interrogée par BFMTV, Margot Turcat, victime d'un AVC à 30 ans, explique avoir bénéficié d'une très mauvaise prise en charge. "Le Samu ne m'a pas cru et m'a renvoyé vers SOS Médecins, qui ne m'a pas cru non plus. Le médecin a pensé que je faisais une migraine avec aura". Au total, Margot Turcat a attendu quatre heures avant d'être admise en unité neuro-vasculaire. Un délai très long. D'autant plus que lors d'un AVC, deux millions de neurones meurent chaque minute.
Quel accompagnement après un AVC?
L'accompagnement des personnes victimes d'un AVC est également perfectible. Sur les plus de 75.000 personnes touchées par cette pathologie en 2022, 17.000 ont des handicaps lourds en rentrant chez elles, "sans avoir pu accéder aux soins médicaux de réadaptation (SMR)", note la Cour. "Certains retours à domicile interviennent donc sans la délivrance indispensable de soins de rééducation ou de réadaptation".
"La reprise d’une activité professionnelle s’avère difficile après un AVC, et près de 10% des 24.000 victimes entre 40 et 59 ans sont pensionnées au titre de l’invalidité", indique le rapport de la Cour des comptes.
Pire, en 2022, quelque 20.000 victimes d'AVC bénéficiant d’une affection de longue durée (ALD) "n’avaient pas de médecin traitant". Cette absence de suivi médical ne "contribue pas à aider les patients à changer leurs habitudes de vie après un AVC pour en prévenir la récidive", alerte la Cour des comptes.
Le rapport de l'institution poursuit: "la prise en charge en unité neuro-vasculaire, mais aussi, en aval, en soins médicaux de réadaptation, est déterminante pour la survie des patients et la limitation des séquelles". Pourtant, "près d’un tiers des victimes d’AVC hémorragiques présentant des handicaps lourds à la suite de leur AVC ne bénéficient pas d’une hospitalisation en UNV", regrette la Cour des comptes.
Selon elle, "une meilleure orientation des patients, une meilleure coordination des acteurs de santé et une réduction des durées de séjour pourraient générer 200 millions d'euros" d'économies.












