L'additif alimentaire E171 bientôt banni des bonbons

Le dioxyde de titane persona non grata des confiseries. D'ici à la fin de l'année, le gouvernement veut suspendre l'utilisation de cet additif dans la fabrication des bonbons, pâtisseries et crèmes glacées.
Cette poudre blanche minérale, aussi nommée E171 et qui contient des nano-particules, permet de blanchir ou d'intensifier la brillance des bonbons, de modifier la teinte d'autres colorants ou d'apporter de la texture aux yaourts.
Si le gouvernement ne peut interdire la substance (la décision relevant de l'Union européenne), la France peut en suspendre l'utilisation. "Le gouvernement, dès le début d'année, a envoyé à la Commission européenne une note pour qu'elle envisage de suspendre la commercialisation de ce produit", avait expliqué en mai Brune Poirson.
Un amendement au projet de loi Agriculture
Dans le cadre du projet de loi Agriculture voté le 30 mai dernier, un amendement a été adopté pour suspendre "la mise sur le marché de l’additif E171 (dioxyde de titane - TiO2) ainsi que les denrées alimentaires en contenant".
Les confiseurs n'ont pas attendu la suspension formelle pour chercher des alternatives. L'enjeu est de taille: les Français consomment en moyenne 3,5 kilos de bonbons par an et par habitant. Mais comment le remplacer?
"On peut le remplacer par une pâte battue: vous faites du blanc, comme des blancs en neige, en incorporant des bulles d'air à l'intérieur de votre pâte, ce qui vous donne un très beau blanc", explique à BFMTV Sébastien Berghe, PDG de Lutti et vice-président du Syndicat national de la confiserie.
Un remplacement coûteux
L'alternative a un coût. Là où le fabricant utilisait auparavant du dioxyde de titane pour faire du blanc, passer à la pâte battue constitue "un investissement de 300.000 euros par ligne", estime Sébastien Berghe. "Donc si vous avez quatre ou cinq lignes, qui utilisaient ce colorant blanc, ça peut vite faire quelques millions d'euros", conclut-il.
Les confiseurs peuvent se tourner vers des colorants alimentaires naturels comme la spiruline ou le radis, ou encore réduire la dose de sucre.
"Pour substituer ce sucre, on a fait le choix des fibres. On fait énormément d'essais labo, à la casserole, et quand on élabore une bonne recette, on fait des essais industriels", détaille José Gaudemont, ingénieur recherche et développement chez Lutti.
Entre la casserole du laboratoire et les rayons du supermarché, il faut compter un an et demi pour satisfaire les gourmands.
L'E171 est-il dangereux?
Si l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estime que le dioxyde de titane n'est "pas de nature à entraîner un risque sanitaire", elle recommande de nouvelles études pour combler des "lacunes" dans les données concernant de possibles effets sur le système reproducteur. Sous l'impulsion de la France, un nouvel avis de l'EFSA est attendu d'ici à l'été.
De manière générale, la minuscule taille des nanoparticules les rend plus susceptibles de pénétrer dans l'organisme par différentes voies (ingestion, inhalation, voie cutanée...), ce qui inquiète les associations de défense de l'environnement. En 2006, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé a classé le TiO2 comme "cancérogène possible chez l'homme" par voie pulmonaire.
Une étude de l'Inra de 2017 conclut que l'exposition chronique au E171 favorise la croissance de lésions pré-cancéreuses chez le rat. Sans que ces résultats ne permettent de conclure sur ses effets sur l'homme, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses).











