Dyslexie, dyscalculie... Comment diagnostiquer les "troubles dys" et accompagner les enfants en difficulté

Les difficultés d'expression et d'apprentissage de Katelya, 7 ans et demi, se sont manifestées pour la première fois lorsqu'elle était en moyenne section de maternelle: "À l'école, c'était très compliqué. Elle a été moquée énormément", explique sa mère, Amandine Robejean, auprès de BFMTV.
Katelya est dyslexique, dyscalculique et dysphasique. Ces trois termes médicaux désignent, dans l'ordre, un trouble de la lecture impliquant une difficulté à s'exprimer et une compréhension lacunaire, un trouble matérialisé par des difficultés à compter et à calculer et enfin un trouble qui se manifeste par un trouble du langage, aussi bien dans l'expression que dans la compréhension.
Avant d'être diagnostiquée, la petite avait l'impression d'être "vraiment différente, vraiment pas comme les autres. Elle le verbalisait, elle nous l'a dit: 'De toute façon je suis nulle maman'", explique sa mère.
7 millions de personnes concernées en France
La dyslexie, la dyscalculie et la dysphasie font partie de la catégorie des "troubles de l'apprentissage", couramment "troubles dys". Loin d'être des phénomènes isolés, ils concernent près de 7 millions de personnes en France, soit environ 10% de la population française. Parmi eux, près d’un million d’enfants, ce qui correspond en moyenne à un ou deux élèves par classe. Malgré la fréquence de ces troubles, leur prise en charge n’est pas toujours connue ni adaptée.
"C'est vraiment ce sentiment de solitude finalement, de devoir trouver les professionnels, d'enchaîner, de ne pas savoir vers où on va, d'avoir des demi-bilans, des bilans pas tout à fait complets", déplore Amandine Robejean.
Auprès de BFMTV, Catherine Grosmaitre, neuropsychologue à l'hôpital Necker-Enfants Malades de Paris, explique que pour les parents, il est possible d'interroger un potentiel trouble en cas de constat de grosses fragilités après six mois d'apprentissage de la lecture (dyslexie, dysorthographie), des mathématiques (dyscalculie), ou de la manipulation d'objets comme les crayons, règles et autres outils scolaires. Ce constat intervient donc en général en milieu de classe de CP.
"Dès l'apparition de ces fragilités, on va mettre en place des interventions à l'école et c'est quand on voit que l'enfant ne progresse pas malgré ses interventions qu'il faut s'alerter et aller voir son médecin traitant", indique la spécialiste.
Les troubles du langage comme la dysphasie peuvent quant à eux être détectés plus tôt, dès 24 mois, âge vers lequel l'enfant "va avoir du mal à associer des mots, à construire des phrases" mais ce n'est que vers 4 ou 5 ans qu'un premier diagnostic peut réellement être posé, précise Catherine Grosmaitre.
"Ce qui doit alerter, c'est le caractère durable des difficultés. (...) C'est l'évolution des difficultés dans le temps qui va permettre (aux médecins) d'orienter vers un trouble", résume la médecin.
L'enfant peut tout à fait progresser
Une fois le diagnostic posé vient le temps de la rééducation qui peut grandement améliorer la situation. Même si ces troubles sont définis par le fait qu'ils durent dans le temps, "ça ne veut en aucun cas dire que l'enfant ne va pas progresser et ses compétences s'améliorer, notamment au travers de la rééducation", selon Catherine Grosmaitre.
Mais encore faut-il avoir accès aux spécialistes, comme l'explique la mère de Katelya: "J'habite en campagne donc ces professionnels sont souvent accessibles en ville: c'est 30-40 kilomètres. J'ai la chance d'avoir un orthophoniste pas loin donc là déjà c'est moins lourd, mais le neuropsychologue c'est une trentaine de kilomètres, l'orthoptiste 45".
"Aujourd'hui ça va mieux parce qu'on a un réel suivi qui est mis en place et que je me sens écoutée. Ça va un peu mieux mais c'est pas encore ça", nuance ainsi Amandine Robejean.
Mais il est aussi courant que des familles attendent un voir deux ans avant d'obtenir un bilan auprès de professionnels de santé, car les effectifs manquent en France, notamment pour les orthophonistes. Autant de temps pendant lequel l'enfant n'a pas d'accompagnement.
Un jeu vidéo pour aider les dyslexiques
Pour permettre de faciliter l'attente de ces séances auprès de spécialistes ou pour compléter cette prise en charge, Elodie Bernard a créé Poppins, un jeu vidéo disponible sur smartphones et tablettes et qui vise à aide spécifiquement les personnes, en particulier les enfants, atteintes de troubles dyslexiques.
Pour 25 à 40 euros par mois, un montant remboursé par certaines mutuelles, Poppins propose des activités variées mettant en scène des personnages amusants évoluant dans un monde coloré et interactif, en reprenant les codes des jeux vidéo. L'efficacité médicale de l'application a été prouvée par un essai clinique, une procédure similaire à celle à laquelle sont soumis les médicaments par exemple. Il est recommandé d'y jouer environ 20 minutes par jour.
Les équipes du jeu espèrent que leur création à but thérapeutique pourra un jour bénéficier d'un remboursement de la part de l'assurance-maladie, comme ce fut le cas pour TILAK, une application conçue pour les personnes ayant des troubles visuels, et le premier dispositif du genre à faire l'objet d'un remboursement.












