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Covid-19: quel risque de contamination en terrasse?

BFM Jeanne Bulant avec AFP , Journaliste BFMTV
Retour des Suisses en terrasse à Lausanne, le 19 avril 2021 (Photo d'illustration).

Retour des Suisses en terrasse à Lausanne, le 19 avril 2021 (Photo d'illustration). - Valentin FLAURAUD © 2019 AFP

En France, les terrasses des bars et des restaurants devraient rouvrir le 19 mai prochain. Mais quel risque prend-t-on vraiment de contracter le Covid-19 en s'attablant autour d'une table en terrasse? Des spécialistes répondent.

Boire à nouveau des verres en terrasse, oui, mais pas comme avant, entassés à vingt en hurlant au-dessus d'une coupelle de cacahuètes. Car même s'il est infiniment plus faible qu'en intérieur, le risque de contamination au Covid-19 n'y est pas nul, mettent en garde plusieurs spécialistes.

Après des semaines voire des mois de confinement, les terrasses des bars commencent à rouvrir dans plusieurs pays, dont l'Italie fin avril, la Grèce ou encore la Bavière dès lundi. En France, la réouverture des terrasses des bars et des restaurants est prévue le 19 mai, à la condition que le taux d'incidence reste sous la barre des 400 cas pour 100.000 habitants.

Une nouvelle étape du déconfinement attendue avec impatience par les Français, à en croire les chiffres communiqués par la plateforme The Fork. Selon les informations de BFM Business, les réservations en ligne s'envolent depuis les annonces gouvernementales du 29 avril dernier. Car ces réouvertures, même accompagnées de mesures strictes, sont un symbole fort pour des millions de gens: l'espoir de reprendre une vie normale avec les beaux jours. Mais que représente véritablement le risque de contamination sur les terrasses?

Un espace relativement ventilé

"Le message essentiel reste de marteler qu'elles sont beaucoup moins à risque que les espaces intérieurs mal ventilés", indique à l'AFP l'épidémiologiste Antoine Flahault.

Près d'un an et demi après le début de la pandémie, les spécialistes s'accordent à dire que le Covid se transmet en grande partie via les aérosols. Ce terme désigne les nuages de gouttelettes "produits par la respiration, la parole, les cris et le chant de personnes infectées" et qui contiennent donc le coronavirus SARS-CoV-2, rappelle le professeur Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève.

"Dans un espace mal ventilé, ce nuage peut planer plusieurs minutes, voire plusieurs heures avant de se dissiper. Mais en terrasse, il se dissipe rapidement dans l'atmosphère", affirme le professeur Flahault, en faisant l'analogie avec la fumée de cigarette. On estime donc que le risque est "18 à 20 fois moindre" à l'extérieur qu'à l'intérieur, poursuit-il.

Un risque de transmission par les aérosols

Pour autant, "bien qu'elles soient en extérieur, les terrasses des bars peuvent potentiellement être problématiques", juge Babak Javid, spécialiste des maladies infectieuses à l'Université de Californie (San Francisco). "Ce sont des environnements où les gens parlent fort, sont proches les uns des autres et ne portent pas de masque", explique-t-il à l'AFP.

Dans ces conditions, des spécialistes estiment que les aérosols peuvent rester un danger si on est proche d'une personne infectée: de près, on peut toujours les inhaler avant qu'ils soient dispersés dans l'air.

"La distance entre les gens est le facteur le plus important, même à l'extérieur, en particulier quand vous mangez et buvez, et que vous ne portez donc pas de masque", déclare à l'AFP Julian Tang, spécialiste des virus respiratoires à l'université de Leicester (Angleterre).

Dans une étude récemment mise en ligne, des chercheurs français pointent eux aussi "un risque de transmission par aérosols à courte portée" quand on est à l'extérieur. La zone à risque est un "cône de dispersion des aérosols" dont la pointe est la bouche de la personne infectée, écrivent ces étudiants en physique expérimentale de l'Université de Paris.

Un risque de projections dites "balistiques"

Ce risque dépend selon eux de l'orientation du vent et diminue au fur et à mesure qu'on s'éloigne de la personne infectée. Leurs travaux, qui visent à mieux évaluer le risque de transmission par aérosols en intérieur et en extérieur, ont été soumis pour publication à la revue Indoor Air, a indiqué sur Twitter le physicien Bruno Andreotti, qui les supervise.

Le professeur Flahault, lui, mentionne un autre "risque théorique", celui de la "voie de contamination directe", ou "voie balistique".

"Elle émane d'une personne infectée qui postillonnerait en parlant, toussant ou éternuant directement sur les yeux, narines ou bouche de la personne située en face d'elle, à faible distance, sans masque ni lunettes", développe-t-il, en la jugeant cependant "plus anecdotique que fréquente".

Quelles solutions?

Pour limiter tous ces risques, les pays qui rouvrent leurs terrasses le font sous conditions, avec par exemple un maximum de six personnes par table.

Les auteurs de l'étude française proposent d'autres solutions: de grands ventilateurs orientés vers le haut pour chasser les aérosols, ou des petits dispositifs sur chaque table qui aspireraient puis filtreraient l'air expiré.

La Grèce, elle, a opté pour une mesure originale, l'interdiction de la musique en terrasse. L'opposition, moqueuse, l'a jugée absurde, mais pour les experts, elle se justifie scientifiquement: la musique oblige les gens à parler plus fort, ce qui augmente l'émission de postillons et d'aérosols.