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Avec le coronavirus, la crainte d'une surmortalité liée aux retards de diagnostic de cancers

BFM Clarisse Martin , Journaliste BFMTV
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Durant le confinement, de nombreux patients ne se sont pas déplacés pour se faire dépister, malgré la présence de symptômes d'éventuels cancers.

Le mois d'octobre commence ce jeudi et avec lui la campagne d'Octobre Rose, destinée à sensibiliser au dépistage du cancer du sein et permettre de récolter des fonds pour la recherche. Mais à l'aune de la pandémie de coronavirus et sa reprise en France, le corps médical craint une surmortalité liée aux cancers dans les années à venir.

La faute à un défaut de prise en charge assez tôt de la maladie, notamment pendant le confinement au printemps dernier.

Des médecins ont signé une tribune dans Le Parisien ce jeudi, appelant à ne pas "oublier" les patients non-atteints de Covid-19.

"Il y a eu beaucoup de personnes qui ont senti quelque chose en début d'année et qui raisonnablement sont restées chez elles comme on leur conseillait et qui ont attendu avant de faire les examens", fait valoir sur BFMTV l'oncologue Suzette Delaloge, spécialiste du cancer du sein à l'institut Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne), centre de lutte contre le cancer.

Selon cette spécialiste, "on a plus de personnes que d'habitude qui arrivent avec des cancers qui sont ce qu'on appelle stade 3-stade 4. (...) à cause de ce retard de diagnostic".

"Certains cancers vont être très impactés"

D'après une étude réalisée par l'institut Gustave-Roussy, ces délais pourraient provoquer une surmortalité estimée entre 2 et 5% sur cinq ans.

"Certains cancers vont être très impactés. C'est les cancers de tout ce qui est sphère ORL, cancer du foie par exemple. On sait que chez certains de ces cancers, un retard même relativement mineur de l'ordre d'un mois, ça peut avoir un impact sur la mortalité à terme", estime Aurélie Bardet, statisticienne à Gustave-Roussy et co-autrice de l'étude.

"La pandémie de coronavirus a phagocyté toute l'information sanitaire", analyse dans Libération Arnaud Zegierman, directeur de Viavoice. L'institut de sondages a réalisé en juin pour l'institut Curie une enquête aux résultats alarmants, mettant en évidence le fait que les messages de prévention avaient été peu visibles du fait de la médiatisation du coronavirus, relate le quotidien.

Face à cette réalité, le président de la Ligue contre le cancer, Alex Kahn, se fait alarmant: "Il y aura certainement des vies perdues parce que, totalement obnubilé par la Covid, on aura baissé la garde contre un adversaire autrement plus ancien et autrement plus redoutable: le cancer", s'est inquiété le médecin mercredi sur France Culture.