Vers une fiscalité pour limiter les pesticides

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Les pesticides sont-ils vraiment en train de disparaître de nos tables ? Oui si l'on en croit la Commission Européenne, pas du tout selon une ONG. Pour la Commission Européenne, seulement 1,5% des fruits et légumes analysés en 2010 contiendraient des taux dépassant la limite maximale de résidus, contre 4% en 2008. Mais l'ONG Générations Futures conteste ces chiffres et affirme que le pourcentage de fruits et légumes contenant des pesticides au-delà des seuils autorisés est « artificiellement » abaissé par le mode de calcul retenu par l'Union européenne qui applique maintenant un « taux d'incertitude » sur les résultats publiés par les laboratoires.
Les ONG et associations environnementales demandent des mesures gouvernementales pour réduire l'utilisation de pesticides en France, 3e consommateur de pesticides au monde derrière les Etats-Unis et le Japon. Le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, envisage la mise en place d'une « fiscalité incitative » pour détourner les agriculteurs de ces pratiques.
« Le porte-monnaie reste un levier important »
Claudine Joly, spécialiste des questions agricoles chez France Nature Environnement, estime que l’idée d’une fiscalité spécifique pourrait être un bon moyen de protéger les consommateurs français. « On pourrait effectivement agir sur cette taxation, cela représente un retour financier assez important. Actuellement, la redevance prélevée est de 2 euros par kilos de pesticide à l’hectare, ce qui est ridicule. Le porte-monnaie reste un levier extrêmement important, et cela pourrait avoir un impact tout à fait intéressant ».
« Ça crée une concurrence déloyale »
Mais les producteurs, eux, craignent de ne pas pouvoir s’aligner face à leurs concurrents. C’est le cas de Charlie Gautier, secrétaire général de la Fédération des producteurs de fruits et lui-même producteur de pommes dans la Sarthe. « Les taxes, ça nous crée une concurrence déloyale par rapport à nos concurrents directs, la Belgique, le Portugal, les Pays-Bas, etc. Déjà, on paye la main d’œuvre plus chère, on paye les produits phytosanitaires beaucoup plus chers en France qu’ailleurs en Europe. On a déjà une disparition des producteurs de fruits et légumes dans nos campagnes, et ça va accentuer le phénomène ».
« 50% des salades et laitues contiennent des pesticides »
Pourtant, le problème semble bien réel. François Veillerette, le porte-parole de Générations Futures et co-auteur du livre « Pesticides, révélations sur un scandale français », estime ainsi que nous en mangeons tous les jours. « On a trouvé, en moyenne, dans les repas d’une journée, plus de 30 résidus de pesticides différents. Bien évidemment, ces résidus sont toujours à peu près les mêmes, on sait par exemple que près de 50% des salades et laitues contiennent des résidus. Les gens ne vont pas tomber foudroyés par ces produits, mais on a un certain nombre de perturbateurs endocriniens, des substances qui perturbent le système hormonal et qui sur le long terme peuvent causer problème, surtout s’ils sont ingérés pendant des années sous forme de cocktail ».












