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Thème 2: Grogne des gendarmes

BFM La rédaction-Bourdin & Co
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Les rapports de la direction générale de la gendarmerie sont sur le bureau du Ministre de la Défense. Hervé Morin a sur son bureau un dossier sensible: Statuts, moral des troupes, effectifs, délocalisation...

J-J B : Je passe à autre chose, la grogne des gendarmes, elle est réelle, vous la confirmez ?
H M : J’ai des rapports de la direction générale de la gendarmerie…

J-J B : « Le moral est jugé très moyen, très mauvais » , c’est ce que dit le Commandant du groupement de gendarmerie du Ministère.
H M : Il y a deux points : le premier point c’est de savoir si les gendarmes perdent leur statut militaire, et la réponse est non, il font partie de l’armée et nous en avons besoin puisque la France a besoin de deux armées, une civile et une militaire. Je pense que c’est une tradition importante qu’il faut maintenir. Par ailleurs les gendarmes participent aux opérations extérieures et donc nous en avons besoin. Et enfin, il y a ce qu’on appelle les gendarmeries spécialisées type gendarmerie aérienne et là aussi ce sont des fonctions assurées par les gendarmes. 

J-J B : Donc la gendarmerie va rester militaire ?
H M : Oui, je le dis et je le répète. La deuxième question c’est de savoir si l’on va fermer une brigade de gendarmerie sur deux ; il s’agit d’un rapport fait par un groupe d’auditeurs, de hauts fonctionnaires et de corps d’audit indépendants dans le cadre de ce qu’on appelle la révision générale des politiques publiques. Cette révision générale est dans chaque ministère et elle est chargée de travailler sur des hypothèses.

J-J B : Ce rapport envisage de 8000 à 10000 emplois dans la police et la gendarmerie…
H M : Mais ça c’est un rapport qui n’a aucun fondement politique, qui n’est pas une commande du Ministère de l’Intérieur, qui n’est pas une commande du Ministère de la Défense et qui est un rapport comme en font tous les corps de contrôle et d’audit qui peuvent exister.

J-J B : Mais 400 brigades de gendarmerie ont été fermées… Est-ce que d’autres brigades vont être fermées ou pas ?
H M : Il est possible que ponctuellement à tel ou tel endroit il y ait des fermetures. Je prends pour exemple le département de l’Eure que je connais, j’ai donné mon accord pour la fermeture d’une petite brigade à 4 ou à 5 parce que ça n’a pas de sens opérationnel et les gendarmes ne s’y oppose pas. On ne peut pas non plus tout geler, la France évolue, les populations ne vivent plus au même endroit qu’il y a quelques années. Il vaut mieux mettre les gendarmes là où il y a de plus en plus de population. L’idée de fermer une brigade sur deux par contre ça n’a pas de sens. Troisième élément, on a eu ce qu’on appelle le rapport du haut comité à l’évaluation de la condition militaire, ce rapport a été rendu en février 2007, montrant qu’il y avait un problème de parité de rémunération entre gendarmes et police. Ce rapport sera mis en œuvre dans les années qui viennent. Nous mettons en œuvre la première tranche de ces conclusions dans le budget 2008. Il y a un effort sans précédent pour les gendarmes, les sergents, qui vont être augmentés et on va arriver à une parité globale de rémunération entre policiers et gendarmes.

J-J B : Ils vont être augmentés de combien ?
H M : En moyenne de l’équivalent d’un demi mois. En fonction des conclusions de ce rapport, nous allons avoir une parité globale de rémunérations entre les gendarmes et les policiers. On ne peut pas faire les autres parce que d’abord nous devons modifier ce qu’on appelle les statuts particuliers, et pour ce faire il y a toute une procédure réglementaire à engager que le Gouvernement doit engager, ces textes doivent être examinés par le Conseil d’État et donc nous pourrons mettre en œuvre à partir de janvier 2009 la suite des conclusions de ce haut comité, parce que d’abord nous devons modifier les textes réglementaires.

J-J B : Qui paiera la solde des gendarmes ?
H M : On est toujours sur le même système depuis 2003 où les gendarmes sont pour emploi sous le Ministre de l’Intérieur et où le budget est déterminé conjointement par le Ministre de la Défense et le Ministre de l’Intérieur.

J-J B : Et pourquoi Est-ce qu’il y a des heures supplémentaires payées dans la police et pas dans la gendarmerie ?
H M : Parce que les gendarmes sont militaires et chez les militaires il n’y a pas de temps de travail.

J-J B : Est-ce que les gendarmes travaillent plus que les policiers ?
H M : Je ne vais pas rentrer dans ce débat.

J-J B : Pourtant c’est le fond du problème pour beaucoup de gendarmes, qui n’ont plus de vie de famille ou abîmée…
H M : Je connais les contraintes de la vie de gendarmerie, je suis encore allé dans une brigade la semaine dernière, je suis élu local donc je sais très bien le travail que font les gendarmes. Mais je voudrais insister sur une chose c’est que les gendarmes souhaitent être militaires mais on ne peut pas à la fois souhaiter l’être et en même temps être détaché des obligations des autres militaires de la République française, c’est-à-dire les militaires de l‘armée de terre, de mer, et de la marine. Je suis Ministre de la Défense de l’ensemble de ces quatre composantes et je dois faire en sorte que l’unité de ces composantes soit maintenue pour que le Ministère de la Défense se porte bien.

J-J B : Les gendarmes qui sont mis à disposition du Ministère de l’Intérieur pour des missions, pourquoi n’ont-ils pas droit aux expressions syndicales ?
H M : Parce ce qu’ils sont militaires.

J-J B : Pourquoi est-ce que vous ne réformez pas le régime des retraites des gendarmes et des militaires puisqu'on est aux réformes de régimes spéciaux de retraite ?
H M : D’une part il y a eu un pas qui a été effectué dans le cadre de la réforme en 2003, d’autre part, les militaires sont soumis à des obligations et notamment la moitié des militaires sont contractuels. Enfin, le principe, c’est que si vous voulez avoir une armée efficace il faut une armée jeune, et donc la plupart des militaires Français font 5, 10, maximum 15 ans. Il faut donc bien prévoir un système qui permette à l’armée française de gérer ça.

J-J B : Donc on ne réforme pas le régime spécial des militaires ?
H M : Pour l’instant je considère qu’en tant que Ministre de la Défense les militaires ont fait une partie du chemin et les contraintes opérationnelles du Ministère de la Défense fait qu’on ne peut pas aligner tout le monde.