Taxe à 75% : «D'abandon partiel» à «abandon»

Taxe à 75% « d’abandon partiel » à « abandon » - -
Jeudi matin, je parlais d’« abandon partiel » de cette taxe. Eh bien, j’ai eu tort. J’aurais carrément pu dire : « abandon ». Car on a des précisions ce vendredi et il ne reste plus grand-chose de ce projet de taxation qui a fait hurler les entrepreneurs et les grands patrons. Il devrait être complètement désossé. Il n’en restera qu’un symbole. C’est comme si le gouvernement avait voulu attaquer, rogner cette taxe de toutes parts, pour la vider de sa portée, mais conserver le symbole politique. C’est désormais une vraie-fausse taxe. 75% donc. Oui, mais à partir de 2 millions d’euros de salaires dans un couple, et non 1 million par personne comme prévu. Ce n’est pas du tout la même chose évidemment. Car il y a peu de couples où tous les deux sont patrons d’une entreprise du CAC40.
Deuxièmement ce n’est plus 75% d’impôt. C’est 67%, car le gouvernement considère que la CSG et la CRDS, déjà payées, doivent être prises en compte dans les 75%.
Ensuite, ce n’est pas pour tout le monde. Les artistes et les sportifs, qui s’étaient d’ailleurs manifestés pendant la campagne, seront épargnés. Les Qataris du PSG peuvent dire merci à François Hollande. Ils avaient promis à Ibrahimovic de lui payer cette taxe exceptionnelle pour lui laisser un salaire net de 14 millions d’euros. Cela fait quand même un cadeau de dizaine de millions d’euros pour les Qataris… Et ce n’est pas fini. Seuls les salaires seront pris en compte. Cela veut dire que pour les chefs d’entreprise qui vendent leurs entreprises, les dividendes, les plus-values, ne sont pas concernés.
Concrètement, combien de personnes vont être concernées par cet impôt ?
On parle d’un millier de ménages. Et encore, cela devrait être souvent quasiment indolore, car pour ce millier de ménages, le salaire ne représente que 10% des revenus… Le reste, ce sont des plus-values non taxées.
Je fais le pari que ce soir, lorsque François Hollande rencontrera à huis clos les plus grands dirigeants d’entreprises français et allemands, il sera chaleureusement applaudi. Une rencontre à huis clos dans le cadre des rencontres d’Evian. Paradoxe, Nicolas Sarkozy ne s’était jamais rendu à ces rencontres ultra-sélectes lorsqu’il était président. François Mitterrand si…
Mais que se passe-t-il ? François Hollande est-il en train de retourner sa veste ?
Oui. Je vous parlais jeudi matin de ce virage social-démocrate à l’allemande qui se murmure dans les couloirs de l’Elysée. François Hollande n’est pas celui que certains ont bien voulu croire. Je ne porte pas de jugement. Mais il appartient davantage à la seconde gauche, celle de Michel Rocard ou Jacques Delors, qu’à la première, celle qui flirte et qui s’allie avec la gauche de la gauche.
Mais, j’ai un coup de gueule ce matin ! Pas contre l’abandon de cette mesure. Chaque Français est assez grand pour se faire une opinion. Non, mon coup de gueule est contre l’hypocrisie de François Hollande. Pourquoi ne pas assumer ce virage ? Pourquoi, par exemple, ne pas abandonner purement et simplement cette promesse de campagne ? Pourquoi ne pas dire aux Français qu’elle présentait trop de risques pour l’économie et qu’elle ne rapportait finalement pas grand-chose. Pourquoi en conserver le symbole mais en vider la substance et aller l’expliquer en catimini aux chefs d’entreprise ? Il n’y a pas de honte à assumer une politique. Il y a un devoir d’être honnête avec les Français et de ne pas les sous-estimer.












