Rap : Valls veut lutter contre certains textes

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls n’entend pas « faiblir dans cette lutte contre les « abus de la liberté d'expression ». - -
Répondant mardi à une question de la sénatrice démocrate Nathalie Goulet sur les « abus de la liberté d'expression », Manuel Valls a estimé qu'il fallait « lutter contre les paroles agressives à l'encontre des autorités ou insultantes pour les forces de l'ordre et les symboles de notre République » ou qui donnent une « image dégradée de la place de la femme au sein de notre société » : « Soyez assurée, madame la sénatrice, qu’avec les moyens qui sont les nôtres, en nous appuyant notamment sur la justice, nous ne faiblirons pas dans cette lutte », a ajouté le ministre de l'Intérieur, émettant le souhait de dépoussiérer la loi de 1881 sur la liberté de la presse, qui encadre la liberté d'expression au sens large. Celle-ci est encadrée par un délai de prescription de 3 mois après le jour de la publication, un délai jugé trop court.
« Le problème c’est que certains prennent ces textes au 1er degré »
Faut-il réguler les vidéos de rap qui circulent sur Internet ? « La loi doit être complètement dépoussiérée, estime en tous cas Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l'Orne. Il faut améliorer les dispositifs légaux de poursuite, de façon à interdire un certain nombre de propos sur les ondes. On m’a signalé les textes, je les ai lus : "j’aime voir des CRS morts", "j’aime les pimpons suivis d’explosions"… Je pense qu’il y a des gens qui prennent ces textes au premier degré, c’est surtout ça le problème. Vous voyez très bien ce qu’il se passe dans un certain nombre de banlieues, où la police n’ose même plus se rendre ».
« La législation est déjà très complète »
« Dans une démocratie, ce qui compte avant toute chose, c’est d’affirmer la liberté d’expression, rappelle François Saint-Pierre, avocat, spécialiste du sujet. Et ça signifie qu’il ne peut pas y avoir de censure préalable exercée par le gouvernement, ajoute-t-il. Si les propos chantés sont jugés outrageants, discriminants, homophobes, il y a des lois, la législation est déjà très complète, mais encore une fois, il y a des tribunaux pour apprécier cela ».
Politiciens contre rappeurs, un débat qui ne date pas d'hier|||
Le premier cas date de 1995 : le groupe Ministère Amer est condamné à 250 000 francs d'amende pour sa chanson Sacrifice de poulet. Depuis, plusieurs autres procès ont défrayé la chronique mais à l’exception de NTM, les chanteurs ont tous été relaxés, comme Sniper en 2005, dont la chanson La France n'avait pas plu à Nicolas Sarkozy.
Aujourd'hui, les paroles de L.I.M. ou Kennedy peuvent choquer, mais selon Olivier Cachin, LE spécialiste du rap en France, la loi condamnant les insultes et les diffamations est suffisante, il faut juste l'appliquer : « Attaquer quelqu’un qui a des propos qui dépassent les bornes, ça peut être légitime, mais on n’a pas besoin de créer une loi anti-rappeurs ! C’est ridicule, on est dans la recherche du bouc émissaire ». Reste que les morceaux condamnés sont tous visibles sur Internet encore aujourd’hui.












