Quand les députés siffleront-ils la fin de la récré ?

Le Parti pris, de Véronique Jacquier, sur RMC du lundi au vendredi à 8h20 - -
Les députés de droite et de gauche, quand on remonte dans le temps, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Mardi, c'est l'opposition qui s'est drapée dans sa dignité : Jean-François Copé a estimé que la droite était insultée par Jean Marc Ayrault. Les députés étaient sincèrement outrés, un élu de la République ne peut pas s'entendre dire qu'il veut l'échec de la France, c'est impossible. Mais franchement, depuis que les socialistes sont au pouvoir, j'ai le sentiment d'assister à une partie de ping-pong. La majorité provoque, l'opposition réagit. La semaine d'après, l'opposition provoque et la majorité sort de ses gonds. C'est lassant. Depuis le mois de juillet, c'est le quatrième incident à signaler avec la droite qui joue les trublions. La confrontation entre les deux camps est stérile.
Mais au fond, la politique, n’est-ce pas du théâtre ? Toute la vie parlementaire est émaillée d'incidents...
Oui, la mise en scène la plus grandiose est Gaston Defferre traitant dans l'hémicycle le député gaulliste René Ribière d'abruti... Et ce dernier provoque le maire de Marseille en duel. C'était en 1967, ce n'est plus la même époque. Mais justement, au dire des députés, il y a plus de tensions de nos jours entre la droite et la gauche, plus d'insultes, plus de provocations. Souvenez-vous le député apparenté socialiste Serge Letchimy évoquant les camps de concentration pour répondre à la phrase de Claude Guéant « toutes les civilisations ne se valent pas ». C'était en février dernier, et est ce que ça a fait avancer le schmilblick ? Evidemment non. Et la posture des députés de droite mardi non plus, même s'ils sont exaspérés par le détricotage de la politique de Nicolas Sarkosy. Ce spectacle dévalorise la politique, on est passé des joutes oratoires menées par Jean Jaurès à l'ambiance cour de récréation.
La faute à la télévision qui retransmet la séance des questions au gouvernement le mardi ?
En grande partie oui. Les députés sont sages comme des images quand ils travaillent en commission où se fait d'ailleurs l'essentiel du travail parlementaire, ils sont très studieux lors des séances de nuit, mais la télé exacerbe leur envie de se mettre en scène. C'est une formidable caisse de résonnance pour souligner les rapports de force. Le problème, c'est que notre monde a changé et que les députés ne semblent pas s'en rendre compte. La comedia dell Arte est dépassée.
Qu'est ce qui a changé ?
La crise est passée par là. En fin d'après-midi, nous allons connaitre les chiffres du chômage pour le mois de septembre, et ils seront catastrophiques. Je trouve indécent qu'il n'y ai pas de trêve à l'assemblée, qu'il n'y ait pas de consensus pour siffler la fin de la récré. Les français adorent la politique mais ils sont fâchés avec elle. Il y a tromperie sur la marchandise, elle prouve tous les jours qu'elle n'a pas de solution miracle pour agir sur le réel. Et cerise sur le gâteau, nos parlementaires passent pour des privilégiés. Alors je ne leur demande pas de se comporter comme des enfants de cœur, mais il y a un juste milieu. Ils doivent se comporter comme nos représentants. Tout simplement.
Pour écouter le Parti Pris de Véronique Jacquier de ce mercredi 24 octobre, cliquez ici.












