Pendant les fêtes, les candidats à la présidentielle font relâche

Manuel Valls au marché de Noël de Strasbourg. - PATRICK HERTZOG - AFP
Il ne faut pas s’attendre à voir les politiques se bousculer sur les plateaux de télévision ou multiplier les tribunes dans la presse ces jours-ci. A un ou deux communiqués près, fêtes oblige, les candidats à la présidentielle ou à la primaire de la gauche font profil bas pendant ces vacances de Noël avant de faire leur rentrée dans les premiers jours du mois de janvier. On sera alors à un peu moins de quatre mois du premier tour de la présidentielle et à trois semaines de la première manche de la primaire de la gauche.
(Quasi) silence radio chez les candidats ces jours-ci
Les aspirants à l’investiture de cette "Belle alliance populaire" sont sans doute ceux qui prendront le moins de vacances. Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Vincent Peillon, Sylvia Pinel, François de Rugy, Jean-Luc Bennahmias ne s’accordent ainsi que quelques jours de battement. Manuel Valls, par exemple, a mis sa campagne en pause après sa visite enfarinée du Marché de Noël de Strasbourg ce jeudi et a prévu de la reprendre dès ce mardi.
A gauche toujours, mais cette fois-ci hors primaire, Jean-Luc Mélenchon a fait savoir qu’il était indisponible pendant huit jours le temps de se ressourcer. A l’autre bout du spectre de cet hémisphère de l’échiquier politique, Emmanuel Macron a décidé de reposer son esprit (et ses cordes vocales) dans sa maison du Touquet, tout en travaillant pour "approfondir son programme", confie son entourage au Figaro qui s’est penché sur l’emploi du temps de ces prétendants à la présidence pendant les derniers jours de l’année. Le quotidien note également, en évoquant cette trêve des confiseurs respectée par les cadres de la politique hexagonale, que "la transgresser n’est pas vu d’un bon œil".
François Fillon, à qui Valéry Giscard d’Estaing avait déjà conseillé de prendre du champ, se le tient pour dit. Il devrait passer le Nouvel an dans la Sarthe. Son retour politico-médiatique est déjà acté: François Fillon sera l’invité du journal de 20h de TF1 le 3 janvier. L’agenda est plus opaque encore pour Marine Le Pen, à peine sait-on qu’elle passera la Saint-Sylvestre du côté de Perpignan dans la maison de campagne qu’elle partage avec son compagnon, Louis Alliot.
Des voeux pas vraiment désintéressés
Les observateurs grappillent donc ce qu’ils peuvent d’une parole médiatique devenue temporairement bien rare chez ces personnages si diserts habituellement. Les vœux que les personnalités politiques ont adressés aux Français à l’occasion de Noël soulignent ainsi les options idéologiques, voire programmatiques, des uns et des autres. La présidente du Front national a, par exemple, tenu à rappeler aux Français l’importance de l’échéance électorale de l’année prochaine, tout en prenant soin d’apparaître aussi apaisée que la France de son slogan: "C’est une fête qui dans la tradition chrétienne est synonyme de partage et d’amour (…). Vous savez que 2017 sera une année décisive pour la France parce que notre nation devra faire un grand choix". François Fillon a, quant à lui, continué à tisser son image de candidat du récit national en souhaitant que les fêtes de Noël soient "l’occasion de se réunir autour de nos traditions, notre histoire et notre cultures communes."
Les vœux des candidats à la primaire de la gauche sont plus riches en enseignements. Pour certains ténors de la compétition, il s’agissait d’une des maigres possibilités de cultiver son image et de marquer sa différence avec ses concurrents. L’ancien Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, s’est donc accroché, une nouvelle fois, au régalien en exprimant des "pensées particulières pour ceux qui assurent, en ce soir de Noël, notre sécurité et la solidarité nationale".
Benoît Hamon, quant à lui, a tissé son lien avec le monde associatif et a voulu poser sa différence économique ainsi que son attachement aux services de l’Etat: "Ma gratitude aux services publics et aux ONG solidaires". Arnaud Montebourg, qui accomplit tous les ans un pèlerinage politique à Frangy-en-Bresse qui n’est pas sans rappeler les rendez-vous annuels mitterrandiens, a publié une photo de ses vacances alpestres sur Twitter en filant une métaphore que n’aurait pas renié le randonneur de la Roche de Solutré: "A La Clusaz, face au Mont-Blanc. 4810 mètres qui restent à escalader".
Se taire pendant les fêtes, une tradition pragmatique
Cette cure amincissante d’exposition n’est pas chose nouvelle en cette période de l’année, même lors d’années électorales. En décembre 2011, Le Parisien chroniquait cet intermède pour le monde politique. Alors chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy avait préféré passer du temps auprès de sa fille, Giulia, alors âgée de seulement deux mois. Il avait fait sa rentrée dès le 1er janvier.
François Hollande, son futur successeur, était parti quelques jours en Espagne avec… Valérie Trierweiler. Avant de reprendre la route du pays le 2 janvier, il n’avait cependant pas cessé d’appeler les cadres de sa campagne. La seule candidate qui avait alors donné un contenu politique à sa récréation hivernale était Eva Joly. La postulante écologiste à la présidentielle avait invité Cécile Duflot à la rejoindre sur l’île de Groix. L’idée était pour les deux femmes d’afficher leur bonne entente alors qu’on tenait leurs relations pour peu amicales. Ce bel effort n’a semble-t-il pas eu d’influence dans les urnes quelques mois plus tard.
Une enquête OpinionWay pour le Cevipof, réalisée en novembre 2011, vient appuyer ce constat: si les Français ont l’habitude de parler politique en famille lors des repas de Noël, ces discussions les amènent plus facilement à s’écharper qu'à changer d’avis ou opter pour un vote précis. Les politiques font donc bien de se reposer ces jours-ci.












