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Parti socialiste : « Je vote pour le plus bête »

BFM Christophe Jakubyszyn
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La désignation de Harlem Désir à la tête du parti socialiste n’est pas un évènement en soi, ça ne passionne pas les foules, pas plus d’ailleurs que la désignation du président de l’UMP. La question ce matin : pourquoi Harlem Désir ?

Malheureusement. C’est un petit peu comme sous la IIIè République quand c’étaient les députés qui votaient pour le président de la République et qui faisaient donc en sorte de choisir quelqu’un d’inoffensif et de manipulable.
Il y a cette formule célèbre de Clémenceau qui en mettant son bulletin dans l’urne le 3 décembre 1887 pour Sadi Carnot avait déclaré : « Moi je vote pour le plus bête ». On ne va évidemment pas faire ce procès d’intention à Harlem Désir, mais je me demande si dans la tête des éléphants socialistes qui ont fait ce choix, il n’y avait pas ce type de raisonnement…

D’autant que vous nous expliquez ce matin que tous ont été manipulés par… François Hollande

Oui, décidément ce n’est plus le président normal, c’est l’omniprésident. Au fond, François Hollande ne voulait pas de problème au Parti socialiste. Il lui fallait donc 3 conditions : un ne pas contrarier Martine Aubry et donc la laisser le plus possible à la manœuvre et n’agir qu’en coulisses le plus discrètement possible ; deux, s’assurer que les Hollandais seraient largement représentés au conseil national du PS et que le nouveau Premier secrétaire ne serait pas un ennemi ou un rival ; trois, que l’aile gauche du parti socialiste, représentée par Benoit Hamon, ne gênerait pas son quinquennat. Il a donc d’abord laissé Martine Aubry placer ses hommes, notamment Guillaume Bachelay nouveau numéro deux du parti.
Ensuite, il a fait en sorte de barrer la route à Jean-Christophe Cambadelis, un Strauss-kahnien qui a toujours été son opposant au Parti socialiste. Quand il a senti que Martine Aubry et surtout son Premier ministre Jean-Marc Ayrault penchaient en sa faveur, il a laissé à la manœuvre les quatre mousquetaires, Vincent Peillon, Manuel Valls, Pierre Moscovici et Stéphane Le Foll, qui sont allés soutenir Harlem Désir dans les médias. Ce qui a contrarié Jean-Marc Ayrault qui soutenait Jean-Christophe Cambadélis, un expert de la gauche plurielle.
Troisième acte : transformer Benoit Hamon et la gauche de la gauche en alliés. François Hollande a donc décroché son téléphone pour donner 30 places au conseil national à ce courant, au grand dam de Peillon, Valls, Le Foll et Moscovici qui ont dû réduire leurs prétentions.
Il y a quand même une victime, c’est Jean-Marc Ayrault, l’ex-patron du groupe PS à l’Assemblée qui a été complètement court-circuité par l’Elysée. Décidément Matignon c’est un enfer.

Un petit mot sur le nouveau patron du PS ?

Oui, mais un petit mot comment ? Faut-il laisser parler les éléphants du PS qui lui dressent le portrait ?
Qui en coulisse mettent en avant son manque de charisme ? Son peu d’envergure, disent même certains. Certains moquent son parcours : un début prometteur à la tête de SOS Racisme un vrai phénomène de société dans les années 80, largement instrumentalisé par la gauche et François Mitterrand, un passé judiciaire avec 18 mois de condamnation pour avoir bénéficié d’un emploi fictif pour le rémunérer quand il était leader associatif, un parcours électoral, on peut le dire, catastrophique, avec des défaites aux législatives, un piètre score aux Européennes où il menait la liste PS avec 13% des voix, au total aucune élection au suffrage universel direct, puis des années dans l’ombre du parti socialiste…
Pour prendre la défense d’Harlem Désir, je citerai une autre phrase de Clémenceau avec qui nous avions commencé notre rendez-vous : « en politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables ». A méditer…