Loi Macron: "à ce stade, le texte ne passe pas", estime Valls

Emmanuel Macron et Manuel Valls le 14 février 2015 à l'Assemblée. - Alain Jocard - AFP
C'est le jour-J pour la loi Macron. Les députés se prononcent mardi sur le projet de loi du ministre de l'Economie. La fin d'un long parcours législatif pour le texte, après quelque 200 heures de débat dans l'hémicycle.
Pourtant, l'issue n'est pas encore certaine. Car à gauche, si une majorité de socialistes et de radicaux s'apprêtent à voter le texte, les frondeurs pourraient jouer les troubles-fête. De quoi donner des sueurs froides aux responsables de la majorité. Lundi soir, à coups d'appels et de SMS, les responsables PS ont tenté de rappeler les réticents pour les convaincre.
"On voit bien que la pression va s'intensifier"
Manuel Valls est lui aussi monté au créneau. Le Premier ministre expliquait lundi matin sur RTL "ne pas pouvoir imaginer" que certains élus PS puissent voter contre, et en a appelé à "la responsabilité de chacun". "L'exigence des Français, c'est que nous nous comportions autrement, pas comme avant, avec nos petites divisions, nos petites querelles, nos préparations de congrès", a-t-il martelé.
Pas sûr que cela suffise à persuader les frondeurs de s'aligner: dans la matinée, Christian Paul, chef de file des socialistes critiques a annoncé qu'une majorité des frondeurs devrait voter "contre". En craignant que le texte ne soit adopté avec les suffrages de l'opposition. De son côté, le parlementaire socialiste Philippe Noguès déplore la méthode du Premier ministre. "Dramatisation incroyable, ... et insupportable. Du jamais vu pour convaincre les indécis de voter", regrette l'élu du Morbihan.
Le total des frondeurs devrait être plus ou moins équivalent à celui des abstentionnistes sur le projet de loi de finances 2015 voté en octobre dernier, texte qui avait rassemblé le plus d'opposition au sein du PS depuis la mise en place du gouvernement Valls. A l'époque, 39 parlementaires s'étaient abstenus, mais aucun n'avait été jusqu'à voter "contre".
"A ce stade, la loi ne passe pas", prévient Valls
"On voit bien que la pression va s'intensifier", constate Laurent Baumel, cité par L'Obs. "On va avoir à une hyper-dramatisation classique à la réunion de groupe, et des snipers vont sortir toute la journée pour nous mettre en garde." Dont acte: devant les députés en réunion de groupe, le Premier ministre a prévenu mardi midi: "à ce stade, la loi Macron ne passe pas. Ce serait un affaiblissement considérable".
Pour le Premier ministre, il s'agit d'accentuer la pression. Les frondeurs ont été rejoints par Benoît Hamon: l'ancien ministre a déclaré dimanche qu'il voterait contre le texte. Une position qui agace la direction du PS. Dimanche soir sur BFMTV, Jean-Christophe Cambadélis y voyait "un accroc fâcheux à la cohésion du PS". Quant au porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, il fustige "une stratégie de congrès" de la part de l'ancien ministre. Le soutien le plus récent au texte est finalement venu d'Arnaud Montebourg. Dans Le Parisien, le prédécesseur d'Emmanuel Macron estime qu'il s'agit d'un "très bon texte", et "engage tout le monde à le voter. J'aurais fait comme Macron. D'ailleurs, son texte est le mien".
Des députés UMP en soutien?
Malgré l'assurance de l'ancien ministre, les voix de la majorité risquent de ne pas suffire, d'autant que le Front de gauche et les chevènementistes ont déjà annoncé voter contre. Parmi les écologistes, 14 devraient voter contre et quatre s'abstenir, annonce leur président, François de Rugy. Le salut viendra-t-il de l'UMP? En dépit des consignes de Nicolas Sarkozy, certains députés de l'opposition ont annoncé depuis quelques semaines déjà qu'ils voteraient le texte. Hervé Mariton, Thierry Mariani, Frédéric Lefebvre mais aussi Olivier Carré en seront, le reste des 198 députés UMP votera contre "à 97-98%", selon Christian Jacob.
Jean-Christophe Fromantin, député UDI, votera lui aussi la loi, ainsi qu'une poignée de ses collègues. Sur 33 élus, une dizaine votera contre et une dizaine à s'abstiendra. Frondeurs ou pas, le texte devrait donc finalement être voté, au prix d'une nouvelle cacophonie interne à la majorité. Il sera ensuite examiné au Sénat à compter d'avril.











