Oublions un peu Merah!

Hervé Gattegno - -
C’est délicat car il ne faut pas oublier les atrocités que Merah a commises ni surtout ses victimes et leurs proches, qui méritent respect et compassion. Mais comme l’a dit l’ancienne ministre Jeannette Bougrab (dans le JDD) la répétition de ces commémorations inspire un « malaise ». Tout le monde est d’accord pour dénoncer la violence et le fanatisme ; mais un an après, il faudrait que la compréhension de ces actes prenne le pas sur l’émotion qu’ils ont causée. Ce n’est pas avec des souvenirs ni avec des discours, aussi nobles soient-ils, qu’on lutte contre le terrorisme.
Vous suggérez qu’on n’arrête de parler de Merah pour ne pas faire de lui un héros ni un martyr ?
On ne peut pas espérer une chape de plomb : la démocratie ne cache rien, par principe. Mais il y a un monde entre l’indignation légitime et la surexposition scabreuse. Depuis un an, on s’est beaucoup ému, on vu, lu et entendu tous les détails de la vie de Merah, ses amis, ses voisins, ses petites amies. Les TV en ont fait un spectacle malsain. On a relayé avec complaisance les hommages de certains de ses proches. Les célébrations à répétition ajoutent à l’ambiguïté : elles fabriquent de l’unanimisme à bon compte mais elles focalisent l’attention sur ce que Merah a fait plutôt que sur les moyens d’empêcher que cela se reproduise.
Est-ce que ce n’est pas ce que fait F. Hollande quand il promet toute la vérité sur les circonstances dans lesquelles Merah a pu agir et sur les dysfonctionnements des services de renseignement?
Il y a une enquête judiciaire, c’est bien le moins qu’on la laisse pas aller à son terme ! On en sait déjà beaucoup : il est établi que Merah a « roulé » (dixit Claude Guéant) les services qui le surveillaient, et aussi qu’il y a eu du retard dans la coopération entre la justice, la police et le renseignement après les 1ers meurtres : on pourra toujours se demander si la tuerie de l’école juive n’aurait pas pu être évitée. Mais il ne faut pas confondre des défaillances avec des complicités. Merah n’était ni une victime ni un monstre : c’était un homme, fanatisé mais qui savait ce qu’il faisait. Rien ne doit relativiser sa responsabilité. Ni le sensationnalisme ni le complotisme.
Quelles leçons restent à tirer, un an après, des crimes de Mohamed Merah ?
Améliorer encore la lutte antiterroriste. Mais accepter l’idée qu’aucun dispositif n’est infaillible – la démocratie ne sacrifie pas le respect des libertés aux impératifs de sécurité. Cela dit, on peut agir contre le fanatisme. On ne peut pas interdire à des jeunes gens d’aller au Pakistan, mais on doit pouvoir empêcher que le salafisme soit prêché à l’intérieur des prisons – ou dans des écoles semi-clandestines. Pour cela, il faut renforcer la surveillance de ces lieux et appliquer des sanctions – l’incitation à la haine est un délit. Et associer à la prévention les responsables musulmans, qui ont des devoirs à assumer contre les extrémistes. Au total, il faut sans doute moins de cérémonies poignantes et plus de poigne dans les décisions.
Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 18 mars.












