Nos soldats aussi doivent se serrer la ceinture !

Hervé Gattegno - -
Nous sommes en temps de paix, mais en temps de crise. Les canons qui s’imposent sont les canons budgétaires. Dans ces conditions, si c’est le bon sens qui commande – et pas seulement la haute hiérarchie militaire –, de même que les citoyens doivent parfois contribuer à l’effort de guerre, les soldats doivent contribuer à l’effort de redressement. En l’occurrence, ce qui constitue la principale menace aujourd’hui, ce sont les déficits publics. Donc oui, il faut diminuer les crédits de la défense. Autrement dit : faire rentrer les militaires dans le rang… budgétaire.
La France a une défense au-dessus de ses moyens ? Baisser les crédits militaires, n'est-ce pas prendre le risque d’affecter la sécurité nationale ?
A priori oui – encore qu’on nous explique que dans tous les secteurs, on peut économiser sans affecter la qualité du service public, voire l’améliorer ! L’armée est une administration comme les autres et sans faire injure à nos soldats, ils ne sont pas tous sur le pied de guerre. On peut même dire que l’armée n’est pas l’administration la mieux gérée : on connait l’histoire des camions qui tournent à vide en fin d’année pour épuiser les stocks d’essence de façon à éviter les restrictions l’année suivante – elle est vraie ! N’en déplaise aux propagandistes de l’institution militaire, il y a des gisements d’économies qui n’exigent pas de « baisser la garde ».
Qu’est-ce qui, dans nos forces armées, pourrait être supprimé sans impact ?
Ce ne sera pas « sans impact ». Il y aura des choix à faire. Tous les ministères subissent les restrictions : même l’Education, qui ferme des classes pour pouvoir recruter des profs ; la police, qui est prioritaire mais qui supprime des effectifs ; la justice a fermé des tribunaux ; les hôpitaux sont à la diète. L’armée va devoir supprimer des régiments, acheter moins de matériel. Sans doute renoncer à une part de la force de dissuasion, qui coûte des milliards pour ne pas être utilisée – un paradoxe que la crise rend déraisonnable… En vérité, le budget de la défense a baissé de moitié en 30 ans (en part de la richesse nationale) ; les Français ne l’ont même pas remarqué.
Est-il raisonnable de vouloir diminuer les crédits au moment où la France est engagée au Mali dans une opération militaire qui fait consensus ?
La guerre suscite des consensus éphémères : avant le Mali, nos soldats étaient en Afghanistan et cela ne faisait pas l’unanimité. Et si l’on demandait aux Français de choisir entre la guerre au Mali et les économies budgétaires, le pacifisme gagnerait du terrain. Les « opérations extérieures » servent le prestige de la France – et nos intérêts dans le monde. Mais elles les fragilisent si elles mettent en péril nos finances. En réduisant notre armée, nous pouvons gagner en souveraineté budgétaire ce que perdrons en puissance de feu. C’est une défaite dont nos généraux se remettront, puisqu’elle fera du bien à la France.
Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 19 mars.












