Non, tout n’est pas à jeter dans le modèle Chavez

Hervé Gattegno - -
On peut oser plaider la cause de Chavez contre la pensée automatique et les idées reçues sans être enrôlé d’office au Front de gauche. La vérité, c’est que le régime vénézuélien est moins caricatural que son dirigeant. Vu d’Europe, on retient plus le culte de l’ego que les mesures sociales, et la pratique plébiscitaire que l’enracinement de la démocratie. Mais il faut passer outre le cliché du potentat sud-américain sorti de Tintin pour comprendre ce qui fait son succès dans son pays… et son rejet à l’extérieur.
Qu’est-ce qui explique des jugements si contrastés ?
L’expérience chaveziste est unique : il n’y a pas de référence possible. Pour juger, on est plus dans l’intuition idéologique que dans le raisonnement politique. Mais le fait est qu’un pays où, sur 13 millions de votants à la présidentielle, le perdant recueille 6 millions de voix et admet sa défaite sans incident est plus démocratique que la Russie – où une autocratie capitaliste a remplacé la dictature communiste et où il y a toujours des opposants en prison. Or curieusement, même dans la gauche européenne, on juge moins sévèrement Poutine que Chavez. Alors qu’on adore le Brésilien Lula… qui lui, soutient Chavez !
Il y a aussi le modèle économique du Venezuela, qui est fondé exclusivement sur la richesse pétrolière. Est-ce qu’on peut vraiment parler de succès ?
Chavez a échoué à sortir son pays de la dépendance du pétrole. Mais il a réussi à redistribuer cette richesse sans favoriser une oligarchie, comme souvent dans les pays pétroliers. Le PIB a triplé, le chômage diminué de moitié, l’analphabétisme aussi, et la pauvreté a reculé – même s’il reste beaucoup de violence et de problèmes sanitaires. Or c’est bien ce demi-succès original, ni vraiment marxiste ni social-démocrate, qui déstabilise les schémas classiques de la gauche. C’est tout sauf un régime idéal mais il porte un idéal. C’est ce qui le rend plus attractif dans l’opinion, dans les rues d’Athènes ou de Madrid, que les PS européens qui luttent contre les déficits avec de l’austérité.
On ne peut pas non plus taire que Chavez soutient des pays comme l’Iran, la Syrie et Cuba, qui ne sont pas franchement des modèles de démocratie…
C’est exact, mais il faut faire la part de la provocation et de l’antiaméricanisme. Après tout, les USA ont longtemps soutenu (et installé) des dictatures militaires sans qu’on mette en cause leur attachement à la démocratie. Et la France a soutenu la Tunisie de Ben Ali et l’Irak de Saddam Hussein. Chavez continue par ailleurs de vendre son pétrole aux Américains – et il a même dit qu’il soutenait Obama ! Il ne s’agit pas de le défendre – surtout quand il est indéfendable – mais de relativiser. Et d’admettre que si le modèle vénézuélien nous met mal à l’aise, ce n’est pas parce que Chavez est un peu dérangé, mais parce que son parcours est dérangeant.
Pour écouter l'invité de Jean-Jacques Bourdin de ce mardi 9 octobre, cliquez ici.












