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Maternité et vie politique: la difficile conjugaison

Axelle Lemaire, la secrétaire d'Etat chargée du numérique, a donné naissance à un garçon mercredi

Axelle Lemaire, la secrétaire d'Etat chargée du numérique, a donné naissance à un garçon mercredi - Stéphane de Sakutin - AFP

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La ministre Axelle Lemaire a accouché ces derniers jours de son troisième enfant. Pour certains, il est temps d'adapter les institutions à la lente féminisation et au rajeunissement de la classe politique. De son côté, la ministre estime avoir un "rôle symbolique" à assumer.

Quelques jours avant de donner naissance à son enfant, Axelle Lemaire défendait son projet de loi "pour une République numérique" jusqu'à une heure du matin à l'Assemblée. Contrairement aux usages, elle restait assise sur son banc pour exposer ses arguments. "Tout le monde souffre un peu pour elle", confiait à BFMTV.com Catherine Coutelle, la présidente de la Délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale.

A 41 ans, la secrétaire d'Etat au numérique fait partie du club très fermé des femmes à accoucher dans l'exercice de leurs fonctions au gouvernement. En 1992, Ségolène Royal avait présenté sa fille Flora à la télévision depuis la maternité. La ministre de l'Environnement expliquait avoir hésité à mettre sur la scène publique sa vie privée mais l'avoir fait pour "la cause des femmes".

Depuis, il y a eu notamment Rachida Dati de retour à l'Elysée cinq jours après son accouchement. Axelle Lemaire a prévenu qu'elle ne ferait pas de même.

"Un rôle symbolique à assumer"

"En tant que femme, je m'étais sentie heurtée. Le congé maternité est une conquête sociale", expliquait-elle en janvier au Parisien. Elle estimait auprès de Libération avoir un "rôle symbolique à assumer", tout en concédant qu'elle travaillerait de chez elle. Elle a donc expliqué après la naissance de son fils prendre une "pause bébé" de six semaines qui sera suivie d'un congé paternité de son compagnon.

"L'Assemblée nationale a été modelée pour des hommes de plus de 60 ans"

Les cas de ministres enceintes, de députées ou d'élues locales restent rares pour une raison simple: la vie politique est encore dominée par des hommes d'un certain âge. A l'Assemblée nationale, les femmes représentent 27% des députés et seuls 23 députés (hommes et femmes confondus) ont moins de 40 ans.

La députée EELV Eva Sas le décrit plus simplement: "l'Assemblée nationale a été modelée pour des hommes de plus de 60 ans".

Pas de congé maternité ou paternité pour les politiques

En 2013, l'écologiste, alors enceinte de cinq mois, avait essayé de faire adopter un amendement permettant aux députées d’être remplacées par leur suppléant(e) en cas de congé maternité. "Cette suppléance existe dans d’autres pays, notamment aux Pays-Bas", arguait alors l'élue de l'Essonne. Son amendement a été rejeté au motif qu'il était "inconstitutionnel". Le règlement de l'Assemblée prévoit qu'un suppléant ne peut remplacer le député qu'en cas d'entrée au gouvernement ou de mission longue.

Si elle concède que la question n'est pas prioritaire, Evas Sas explique à BFMTV.com que "si on fait avancer ce type de droit pour les femmes parlementaires, on fait avancer la cause des femmes dans leur ensemble".

Une position que partage Laurianne Deniaud. L'ancienne présidente du MJS est désormais première adjointe au maire de Saint-Nazaire. Mi-janvier, elle a annoncé au quotidien Ouest-France qu'elle prendrait quelques semaines de congé car elle attend un heureux événement.

Une annonce ni "évidente" ni "naturelle" pour cette femme de 33 ans mais "dans l'exercice de mon mandat, il était normal que je rende des comptes aux Nazairiens qui m'ont élue", explique Laurianne Deniaud à BFMTV.com. Elle estime aussi que les droits des femmes à un congé maternité "doivent être réaffirmés avec force pour qu'ils soient respectés". Elle croit enfin avoir un "message à adresser aux hommes comme aux femmes: on peut être jeune élu et avoir des enfants".

"Les mêmes difficultés pour toutes celles qui ont un travail prenant"

La question relève du domaine de la vie privée pour certaines élues qui ont préféré ne pas l'aborder auprès de BFMTV.com. En cette période de défiance des Français vis-à-vis de la politique, d'autres ne voudraient pas avoir l'impression de se plaindre. "Il y a d'autres femmes qui galèrent beaucoup plus", rappelle la députée écologiste Cécile Duflot, mère de quatre enfants.

Elle estime néanmoins qu'un congé maternité serait un bon signal et même un congé paternité. L'élue parisienne pense que "c'est bon pour la vie politique d'avoir des élus en capacité de concilier vie politique et famille".

Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a connu sa première grossesse alors qu'elle était députée, est contre. "Ce sont les mêmes difficultés pour toutes celles qui ont un travail prenant ou concurrentiel comme les commerçantes ou les médecins", estimait-elle auprès du Parisien au moment de l'amendement Sas.

Pas de crèche à l'Assemblée

Catherine Coutelle n'est pas favorable non plus à un congé maternité ou paternité pour les politiques. Elle considère qu'ils exercent un mandat électif et que leur fonction n'est pas comparable à celle des salariés. Elle se prononce en revanche en faveur de mesures simples comme la création d'une crèche à l'Assemblée nationale, une proposition régulièrement formulée, depuis celle de Ségolène Royal en 1991.

"Le fonctionnement de l'Assemblée est inadapté aux députées qui ont ou vont accoucher, comme il l'est pour les nouvelles générations de députés avec des enfants en bas âge", expliquait Yann Galut au Parisien en 2014.

Ce papa de jumeaux militait aussi pour une crèche à destination des parlementaires et du personnel.

Un autre détail souligne que les règlements de l'Assemblée nationale n'ont pas pensé aux parents. L'indemnité représentative de frais de mandat peut être utilisée en frais de coiffure mais pas pour la garde d'enfants. Avec des séances qui peuvent durer tard dans le nuit, certains élus ont pourtant abondamment recours aux baby sitters.