BFM

Marseille : Le sursaut moral du PS arrive bien tard

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Téléchargez la nouvelle application BFM
Le PS a engagé une procédure d’exclusion contre le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, mis en examen depuis 2011 dans des affaires de marchés truqués.

C'est peut-être un sursaut mais pas un réflexe. Voilà plus de deux ans que Jean-Noël Guérini est mis en examen pour "association de malfaiteurs". Au PS, on lui a demandé (poliment) de démissionner, de se mettre en retrait, il est resté. Il s’est même bunkerisé au Conseil Général d’où il continue de peser sur la vie politique marseillaise dans un grand bruit de casseroles.

Après tout cela, le PS le sanctionne parce qu’il soutient des listes dissidentes aux municipales. Il faut croire que c’est un crime autrement grave que ce que la justice lui reproche ! Mieux vaut tard que jamais. Mais pour avoir couvert aussi longtemps Jean-Noël Guérini, le PS ne s’est pas couvert de gloire…

Vous pensez qu'il y a eu, durant toute cette période, une volonté de protéger Jean-Noël Guérini parmi les dirigeants socialistes ?

La direction du PS a invoqué la présomption d’innocence : sur le plan des principes, elle avait raison mais elle est allée plus vite dans d’autres cas et surtout, il aurait pu (dû) être au moins suspendu en attendant la fin des enquêtes. Les liens avérés entre l’entourage immédiat de Guérini et des réseaux du banditisme n’ont pas beaucoup ému rue de Solferino (ni à l’Elysée).

La politique a primé sur la morale : Martine Aubry a compté sur lui pour la primaire. Et puis Guérini siège au Sénat, où la majorité du PS tient à peu de voix. A posteriori, on voit que tant qu’il était l’homme fort du PS à Marseille, il était intouchable ; maintenant qu’il affaiblit le PS marseillais, il est infréquentable.

Donc pour vous, il n'y a pas de doute : l'exclusion annoncée de Jean-Noël Guérini s'inscrit dans la préparation des municipales à Marseille, où le PS espère enlever la mairie à Jean-Claude Gaudin.

C’est évident. Le PS n’a pas pu empêcher Guérini de parasiter la primaire en attisant les divisions et en faisant battre la ministre Marie-Arlette Carlotti. Maintenant, il s’agit de l’empêcher de nuire à la campagne de Patrick Mennucci – que les sondages placent en bonne position face à l’UMP.

Guérini soutient des listes de gauche dissidentes – et tout Marseille sait qu’il n’est pas pour rien dans la décision du PRG de former des listes autonomes. Sans compter les millions du département, qui sont attribués dans les secteurs où les élus lui sont restés fidèles… C’est le clientélisme poussé à son paroxysme : division des adversaires et multiplication des arrangements…

Autrement dit : l'ancien chef du PS des Bouches-du-Rhône est devenu l'allié de la droite ? On va encore vous accuser de donner une vision caricaturale de la vie politique marseillaise !

Les politiques marseillais se caricaturent très bien eux-mêmes. Les manigances de Guérini et la jubilation qu’elles inspirent à Jean-Claude Gaudin ne sont un secret pour personne dans la ville – où les principes d’autorité et de légitimité sont déjà nettement dévalués.

Mais ce que montre le cas Guérini, c’est qu’il faut justement échapper à la folklorisation trop facile de la politique marseillaise. Les pratiques à ce point contestables d’un grand élu local sont une affaire nationale. Et c’est bien, hélas, en laissant pourrir des situations comme celle-ci que l’on accrédite le fameux sentiment du "tous-pourris".