Les rivaux Fabius et Jospin se retrouvent au Conseil constitutionnel

Laurent Fabius et Lionel Jospin lors de l'investiture du président François Hollande, le 15 mai 2012 à l'Élysée. - Bertrand Langlois – AFP
Ils ne s’apprécient pas mais leurs chemins vont à nouveau se croiser. Nommé ce mercredi par François Hollande, Laurent Fabius s’apprête à présider le Conseil constitutionnel en succédant à Jean-Louis Debré. Une institution républicaine de prestige où il va retrouver un vieil ennemi, qui y siège pour sa part depuis un an: Lionel Jospin.
La naissance d’une rivalité sous Mitterrand
Les accrochages entre les deux hommes commencent dans les années 80. Alors que le septennat de François Mitterrand est déjà bien avancé, Laurent Fabius est nommé Premier ministre en 1984, succédant à Pierre Mauroy et devenant à 37 ans le plus jeune chef du gouvernement de la Ve République. De son côté, depuis l’élection du premier Président de gauche sous la Ve, Lionel Jospin a repris les rênes du Parti socialiste. Mais les relations très différentes qu'ils entretiennent chacun avec le chef de l’Etat attisent leur rivalité:
"Mitterrand a une relation affective avec Laurent Fabius, quasi-filiale. Avec Lionel Jospin, c’est le politique, l’homme d’appareil", rappelle Ruth Elkrief, l’éditorialiste politique de BFMTV.
Des divergences politiques
Tous deux socialistes, ils n’en représentent pas moins deux courants différents. Des tensions éclatent notamment lors du Congrès de Rennes en 1990: un souvenir macabre dans l’histoire du parti. Un désastre pour l'unité du PS, qui révèle les dessous d’une lutte déchirante pour le pouvoir. Le tournant d’une guerre entre fabiusiens et jospinistes, conclue par la réélection de Pierre Mauroy.
"C’est une véritable guerre des tranchées. C’est un moment de haine à l’état brut. C’est la fin du mitterrandisme", conclut Ruth Elkrief.
Des victoires pour l’un…
Lionel Jospin prend le dessus en 1995 en devenant le candidat de la gauche à la présidentielle. Malgré son revers, il accède au poste de Premier ministre en 1997 lors de la dernière cohabitation, sous Chirac. Les relations entre les deux rivaux se réchauffent un peu: Lionel Jospin nomme Laurent Fabius au ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en 2000. Deux ans seulement avant le 21 avril 2002, le jour où Lionel Jospin annonce son retrait de la vie politique après son élimination au premier tour de la présidentielle.
…puis pour l’autre
Marginalisé pendant la campagne de 2002, Laurent Fabius se fait remarquer en 2005 lors du référendum pour la Constitution européenne en appelant à voter "non", contre la ligne de son parti et de Lionel Jospin. Déchu par Ségolène Royal lors de la primaire socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2007, Laurent Fabius redevient populaire en se ralliant à Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn en vue de la campagne de 2012. Il est ensuite nommé ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement Ayrault, et conserve son poste après l’arrivée de Manuel Valls.
Malgré une carrière de surdoué, Laurent Fabius, comme Lionel Jospin, ne peuvent se targuer d’avoir accédé au poste suprême.
Retrouvailles en fin de carrière
Arrivé le 6 janvier 2015, Lionel Jospin siège au côté de Jean-Louis Debré rue de Montpensier, tandis que le président du Conseil constitutionnel lui-même évoque l’hypothèse selon laquelle Lionel Jospin sera nommé à sa succession. Mais l’ancien Premier ministre se juge un peu trop âgé (78 ans) pour prendre une telle fonction. Pour autant, il n’a pas tenté de dissuader François Hollande de nommer Laurent Fabius.












