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Les éléphants (du PS) ont accouché d’une souris !

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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Vous commentez ce matin le choix de la direction du PS de porter à sa tête Harlem Désir, pour succéder à Martine Aubry.

C’est l’événement de la journée d’hier : plus important que la décision de la cour constitutionnelle allemande, que l’attaque du consulat américain en Libye, un vrai choc politique. Après des semaines de conciliabules, le PS s’est donné un nouveau chef : Harlem Désir. Sa désignation va devoir être ratifiée par une série de procédures alambiquées mais on sait qu’il réunira une large majorité. Parce que tout est calé d’une façon quasi soviétique pour permettre, en effet, aux éléphants du PS d’accoucher d’une souris. C’est-à-dire qu’il n’a été choisi ni pour son charisme ni pour son poids politique, mais plutôt parce qu’il n’a ni l’un ni l’autre.

On a beaucoup entendu que ce serait Martine Aubry elle-même qui choisirait son successeur. Est-ce que c’est bien ce qui s’est passé ?

Non. C’est vrai que c’est ce que Martine Aubry disait elle-même et les principaux chefs du PS le confirmaient. En fait c’était une opération d’enfumage : nous avons marché, et sans doute qu’elle aussi. A l’arrivée, le candidat qu’elle soutenait (Cambadélis) a été écarté et c’est celui de François Hollande (Désir) qui a été retenu. Donc ce n’était pas une élection à un électeur mais à deux : Martine Aubry et François Hollande. Et Martine Aubry a encore perdu. Mais la grande perdante de cette opération, c’est la démocratie interne au PS, qui avait fait d’immenses progrès avec les primaires et qui a fait un grand bond en arrière avec ces calculs d’apparatchiks et ces palinodies bureaucratiques.

Sur le fond, est-ce que ça change quelque chose d’avoir Harlem Désir à la tête du PS ?

Pour les Français, absolument rien. Harlem Désir ne va pas devenir une figure de 1er plan de la vie politique. Pour Martine Aubry, c’est un échec mais elle a placé des proches à la direction du PS et elle sait que son successeur ne lui fera pas beaucoup d’ombre. Pour François Hollande, c’est une bonne nouvelle : Désir est un homme à lui, il ne lui disputera pas le leadership sur la majorité, ni à Jean-Marc Ayrault. C’est dire que le futur 1er secrétaire a une tête de plus petit dénominateur commun… Même les 4 mousquetaires du hollandisme (Valls, Peillon, Moscovici, Le Foll) l’ont poussé : ils voulaient un allié à la tête du PS, mais pas trop puissant. Les présidentiables en herbe ont choisi un homme de paille.

Donc François Hollande dispose désormais d’un parti à sa botte ?

Avec Martine Aubry toujours prête à lui nuire, il avait une épine dans le pied. Avec des godillots au PS, il ne sentira rien. Le vrai intérêt, c’est de pouvoir compter sur une troupe disciplinée pour faire passer les réformes douloureuses qui s’annoncent – et qui risquent de troubler une partie de la gauche. L’inconvénient, c’est qu’à placer partout des fidèles sans grande étoffe (Ayrault, Le Roux, Désir…) la dream team de Hollande finit par ressembler à un club de joueurs de belote. Les socialistes ne voulaient plus de courants ; ils ont un filet d’eau tiède.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 13 septembre, cliquez ici.