Le procès Viguier reprend après un rebondissement

Le procès en appel de Jacques Viguier, soupçonné du meurtre de sa femme, devait reprendre mercredi matin au lendemain d'un rebondissement qui a jeté le trouble à la cour d'assises d'Albi. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau - -
par Nicolas Fichot
ALBI, Tarn (Reuters) - Le procès en appel de Jacques Viguier, soupçonné du meurtre de son épouse, a repris mercredi à Albi, parties civiles et président de la cour d'assises minimisant la portée d'une révélation faite la veille.
La baby-sitter du couple, Séverine Lacoste, un témoin clé, a reconnu mardi qu'elle avait menti en première instance.
Elle a expliqué qu'elle ne s'était pas rendue seule au domicile des Viguier, deux jours après la disparition de Suzanne Viguier, mais en compagnie de l'amant de celle-ci, Olivier Durandet, ce qui fait planer un doute sur son témoignage.
Suzanne Viguier a disparu du domicile familial, à Toulouse, le 27 février 2000. Son corps n'a jamais été retrouvé.
Jacques Viguier a été acquitté en première instance par la cour d'assises de Toulouse en avril 2009.
A la reprise de l'audience mercredi matin, le président Jacques Richiardi a assuré les "événements" de mardi "n'altér(ai)ent pas le déroulement" du procès.
Avant lui, le procureur de la République, Jean-Christophe Muller, a expliqué qu'il était "encore trop tôt" pour dire si le rebondissement de mardi était de nature à "changer le cours du procès" de Jacques Viguier, unique suspect du meurtre de son épouse, qui a toujours clamé son innocence.
Olivier Durandet doit être entendu lundi prochain par la cour d'assises du Tarn, dont le président s'est agacé à plusieurs reprises de l'attitude de l'ancien amant.
Lundi, le magistrat avait laissé transparaître son exaspération en apprenant qu'il avait eu des contacts directs avec des témoins juste avant leur audition par la cour.
UNE "AFFAIRE DANS L'AFFAIRE", SELON LES PARTIES CIVILES
Le témoignage de l'amant de Suzanne Viguier "était déjà attendu avec impatience mais il est maintenant attendu de façon particulièrement ardente", a estimé le procureur sur i>Télé.
Après les révélations de Séverine Lacoste, Olivier Durandet et la jeune femme ont passé une partie de la nuit en garde à vue, lui pour subornation de témoin, elle pour faux témoignage.
Selon le procureur, ils ont confirmé qu'ils s'étaient rencontrés à plusieurs reprises la semaine dernière pour se mettre d'accord sur une version commune.
Des poursuites pourraient être engagées à leur encontre, mais seulement à l'issue du procès Viguier, dont le verdict est attendu pour le 20 mars.
Lors du procès en première instance, la baby-sitter des trois enfants Viguier avait expliqué avoir vu des traces de sang dans la baignoire des Viguier quand elle était retournée à leur domicile, inquiète de ne pas avoir de nouvelles de son "amie".
Une information qu'elle a confirmée mardi à la barre mais, contrairement à son premier témoignage, elle a avoué qu'elle était alors accompagnée de l'amant de Suzanne Viguier.
Sur l'insistance de l'un des avocats de l'accusé, Me Eric Dupond-Moretti, la jeune femme en pleurs a déclaré qu'Olivier Durandet lui "avait demandé de ne pas le dire, ni à la police, ni aux juges".
A l'époque des faits, "j'avais 22 ans, je me suis laissée influencer", s'est excusée l'ancienne baby-sitter.
Interrogé dans l'après-midi, le père de l'accusé, Jean Viguier a évoqué l'existence de l'amant dans la vie de sa belle-fille, regrettant "sa présence excessive" dans le couple.
"C'était un pique-assiette, un coucou qui avait débarqué dans ce couple et qui, ensuite, en a fait beaucoup, beaucoup trop. Il a même eu l'audace d'appeler ma femme pour lui donner des conseils sur l'éducation des trois enfants", a-t-il dit.
Mercredi, les avocats de Jacques Viguier ont refusé de faire "le moindre commentaire public en dehors des audiences".
Les avocats de l'accusation, qui représentent les familles de Suzanne Viguier, ont en revanche estimé que les révélations de Séverine Lacoste étaient loin d'innocenter Jacques Viguier.
"Ce faux témoignage est un incident scandaleux qui mérite des poursuites mais c'est une affaire dans l'affaire", a déclaré à Reuters Me Francis Szpiner.
"Il n'affecte pas les responsabilités de l'accusé. Il faudra m'expliquer pourquoi le fait que M. Durandet soit entré dans cette maison puisse faire soudain de l'accusé un innocent", a-t-il ajouté.
Avec Laure Bretton, édité par Yves Clarisse












