La voie royale de Borloo débouche sur une impasse

Hervé Gattegno - -
Sur le papier, il y a une ouverture : l’UMP est au bord de l’implosion, le PS au pouvoir est déjà diminué, rattrapé par l’impopularité. Comme François Bayrou s’est largement discrédité, la logique voudrait qu’il y ait, au beau milieu de la carte politique, un espace à prendre pour un parti d’opposition qui soit plus modéré que l’UMP, plus réaliste que le FG et sans concession avec le FN. Autrement dit : le profil du parti de Jean-Louis Borloo. Sauf que, comme toujours avec Borloo, on devrait y croire mais on n’y arrive pas.
Est-ce à cause de sa personnalité ? Sa candidature avortée à la dernière présidentielle a donné de lui l’image d’un homme indécis, voire velléitaire…
Une image qui n’est pas entièrement fausse : Borloo a du tempérament, il a été un maire remarquable et un ministre talentueux, créatif, mais il n’est jamais arrivé à se forger un statut de leader. Sans doute qu’il n’est pas assez mégalo. Ou alors pas assez convaincu. Son principal problème, c’est que sous la Vè République, un parti n’a d’avenir que s’il est au service d’un candidat à l’Elysée. Or Borloo a montré l’an dernier qu’il doutait lui-même de sa propre candidature – il l’a retirée. En faisant l’impasse sur 2012, il s’est mis dans une impasse pour la suite.
Ses partisans objectent qu’il y a déjà eu, malgré tout, un centriste à l’Elysée : Valéry Giscard d’Estaing. Est-ce que ça ne pourrait pas se reproduire ?
Erreur d’analyse. Ce n’est pas grâce à un parti que Giscard a gagné en 1974, mais grâce à un charisme exceptionnel. L’UDF n’a été créée qu’après son élection, pour essayer de dominer la droite – mais ça n’a pas marché et le RPR de Chirac s’est imposé. Aujourd’hui, Jean-Louis Borloo poursuit le même rêve que François Bayrou avant lui, et François Léotard auparavant : rebâtir une UDF pour reprendre l’héritage de Giscard. Sauf qu’aucun d’eux n’a été à la hauteur. Se positionner au centre droit ne suffit pas à revendiquer les droits du centre. Au passage, Borloo dit qu’il a formé son shadow cabinet pour préparer l’alternance : c’est Yves Jégo qui en est le premier ministre ! Vous trouvez ça sérieux ?
La thèse de Borloo, c’est aussi que la droitisation progressive de l’UMP rend nécessaire la création d’un grand parti du centre. Là aussi, se trompe-t-il ?
J’en ai peur. Si l’UMP tient le choc, les centristes qui en font partie (Raffarin, Méhaignerie, etc.) y resteront parce que c’est là que sont leurs électeurs. Si l’UMP se disloque, ce sera sur la question de l’Europe et sur l’immigration ; là, une partie de ses troupes voudra s’allier avec le FN, une autre cherchera des accords avec la gauche pour ne pas être laminée. Borloo espère qu’il pourra ne choisir ni l’une ni l’autre de ces deux options. Mais il ne dit pas à quels électeurs il s’adressera. Peut-être qu’il ne le sait pas ? Donc créer un nouveau parti centriste, oui. Occuper à nouveau une place centrale, on verra.
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