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La taxe de 75% est morte et (bientôt) enterrée

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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Vous nous annoncez ce jeudi matin une disparition qui est un peu passée inaperçue durant les fêtes : la taxe de 75 % est morte et (bientôt) enterrée. En êtes-vous sûr ?

C’est plus qu’une certitude : une évidence. Officiellement, le gouvernement assure que l’annulation de la fameuse taxe n’est qu’une malheureuse péripétie et qu’il va revoir sa copie parce que François Hollande l’exige. Officieusement, les ministres en parlent déjà au passé. De toute façon, aucun dispositif ne sera adopté avant juin (parce qu’il faut une loi de finances rectificative) – donc rien d’applicable avant 2014 ; et le taux de 75% sera abandonné parce que le Conseil constitutionel a fait comprendre que c’était un autre motif de censure possible et que le gouvernement ne voudra pas en prendre le risque. Donc on peut dire que la taxe de 75% est abandonnée… à 100%.

Brice Hortefeux avait renoncé à publier ce chiffre en 2010 en invoquant le risque d’une « surenchère » entre les cités dans lesquels ces incendies ont lieu. Vous pensez qu’il avait tort ?

Avec le recul, c’était surtout un incroyable aveu de renoncement. A ce compte-là, pourquoi ne pas tenir secrets le nombre de soldats tués en Afghanistan ou de chômeurs ! Le fait est que derrière chaque chiffre, il y a un risque d’exploitation, de surinterprétation, de politisation... Le ministre sera toujours suspecté de cacher les mauvaises statistiques et de publier les bonnes – en 2011, on n’a pas dit le nombre de voitures brûlées mais celui... des interpellations ! A tout prendre, Manuel Valls a raison de donner tous les chiffres. Et surtout raison de vouloir réformer les statistiques policières… Parce qu’il faut donner des chiffres qui aient du sens.

C’était une promesse électorale mais c’est aussi un impôt qui aurait apporté peu de recettes à l’Etat. Est-ce que c’est forcément une perte pour François Hollande ?

C’était depuis le départ une mesure à portée symbolique : elle servait à convaincre l’électorat de gauche le plus radical que la politique fiscale n’épargnerait pas les plus riches. Mais elle visait à peine plus de 1000 personnes et finalement elle ne touchera plus personne. Donc pour ce qui est du symbole politique, c’est raté – c’est un « marqueur » de gauche qui n’aura pas beaucoup marqué. Maintenant, on peut avoir une lecture plus cynique : c’était une taxe peu productive financièrement et contre-productive économiquement. Donc voilà une occasion inespérée de s’en débarrasser…

Et pour autant que vous le sachiez, c’est la lecture de François Hollande ?

Bien malin qui pourrait le dire : avec François Hollande, les choses ne sont jamais aussi tranchées. Ce qu’on peut constater, c’est qu’il aurait pu profiter de la décision du Conseil constitutionel pour clarifier ce point – et qu’il ne l’a pas fait. Il avait pourtant le choix. Il pouvait soit réaffirmer l’importance du symbole et à ce moment-là, décréter l’urgence : exiger un texte spécifique pour imposer une taxe reconfigurée mais qui préserve l’objectif des 75% (ou peut-être 70%). Ou alors il pouvait s’abriter derrière le Conseil constitutionel et assumer l’abandon de sa promesse. Une fois encore, il faut bien dire que François Hollande a choisi de ne pas choisir…

Donc la taxation des super-riches, c’est fini ? Vous êtes sûr qu’elle ne va pas ressurgir sous d’autres formes ?

On a bien compris que François Hollande veut se faire du patronat un allié – notamment dans la négociation sur le droit du travail et, plus généralement, pour retrouver de la croissance. De ce point de vue, la taxe des 75% était un boulet ; on ne l’imagine pas se le rattacher au pied ! Mais ce que toute cette affaire a fait oublier, c’est que la taxe sur les super-riches a servi aussi à escamoter la grande réforme fiscale que F. Hollande avait envisagée avant la campagne présidentielle – et qui, elle, était ambitieuse et nécessaire. A l’arrivée, il n’y aura ni taxe symbolique, ni réforme d’ensemble. Et ça ne fera rentrer ni Depardieu (de Belgique) ni Mélenchon (dans la majorité) !

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 3 janvier.