La réforme des rythmes scolaires ne change rien... sauf pour Peillon

Hervé Gattegno - -
Les ministres de l’Education arrivent toujours avec des envies de réforme ; ils en partent avec des envies de repos… Surtout, ce qu’ils appellent une « réforme » consiste toujours peu ou prou à défaire ce qui se faisait ou à refaire ce qui a été défait… En l’occurrence, le projet de Vincent Peillon consiste bien à rétablir la semaine de 4,5 jours au primaire que la droite a supprimée en 2008. C’est tout sauf une révolution. Peut-être que Vincent Peillon a manqué de pédagogie (un comble) mais il n’y avait sûrement pas matière à un tel tollé. En réalité, c’est une réforme bien trop mince pour qu’on s’en indigne.
Vous pensez que c’est un gadget ? Que les vrais enjeux de l’école sont ailleurs ?
C’est évident. Les difficultés de notre système scolaire sont connues : 120 000 élèves par an en sortent sans diplôme ni formation – autant de chômeurs en puissance ; l’enseignement technique est déconsidéré ; l’écart se creuse entre le niveau général des bacheliers et le niveau requis pour accéder aux meilleures formations supérieures – ce qui accroit les inégalités par le recours à l’enseignement privé. Raccourcir la journée des écoliers et favoriser les activités périscolaires, c’est bien ; mais ça ne résoudra aucun de ces problèmes. A ce stade, ça donne même l’impression à beaucoup de parents que l’école abdique une partie de ses missions au profit des collectivités.
Le problème, c’est qu’on a du mal à imaginer une réforme d’ensemble de l’éducation sans qu’aussitôt, les enseignants se mettent en grève !
C’est ce qu’il y a de plus désolant dans l’exemple du projet Peillon : ce décalage entre la minceur de ses ambitions réelles et l’ampleur de la mobilisation qu’elle a suscitée (90% de profs grévistes à Paris la semaine dernière…). Xavier Darcos a connu la même fronde quand il a proposé aux enseignants de rester dans les établissements pour être à la disposition des élèves en dehors des cours. On entend beaucoup parler de « l’intérêt de l’enfant » mais tout indique que beaucoup d’enseignants font primer leur intérêt à eux – notamment leur nombre de jours de vacances. C’est bien de corporatisme qu’il s’agit : un conservatisme borné au nom d’intérêts catégoriels d’autant plus déplacés que notre système éducatif est défaillant, cher et inégalitaire – trois raisons de vouloir le transformer plutôt que de le maintenir en l’état (ou hors d’état)…
Politiquement, c’est un mauvais coup pour Vincent Peillon ou est-ce qu’il a bien fait de passer en force ?
S’il avait reculé à la 1ère grève, il n’avait plus qu’à aller s’asseoir au fond de la classe, près du radiateur ! Mais le fait est que cet épisode lève un quiproquo originel : Vincent Peillon a cru que l’élection de François Hollande, ses discours généreux sur l’école et ses 60000 créations de postes amadoueraient les syndicats ; les syndicats, eux, pensaient que le retour de la gauche les préserveraient de toute réforme. Ils se sont tous trompé. Donc Vincent Peillon n’est pas seul en cause ; mais si la défiance s’installe, c’est toute sa refondation de l’école qui risque d’être ralentie – peut-être jusqu’au surplace. Il risque de devoir remiser au placard ses grandes ambitions pour l’éducation – et du coup, ses ambitions personnelles aussi, alors qu’il s’imaginait en 1er de la classe gouvernementale. L’affaire des rythmes scolaire peut avoir des conséquences en termes de rythme politique.
Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 28 janvier.












