La division au FN ? N’en croyez pas un mot !

Hervé Gattegno - -
C’est l’évidence médiatique du moment, colportée par des experts autoproclamés et des observateurs empressés: le FN est en train de se diviser sur la question du mariage gay. Il y aurait les durs, la « vieille garde », les intégristes, qui ne veulent pas de cette réforme décadente et veulent le crier fort ; et les modernes, la jeune garde, les « marinistes », qui seraient plus tolérants. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que c’est faux : Marine Le Pen et les siens surjouent la division et ceux qui croient les affaiblir contribuent – une fois de plus – à les renforcer…
Sur quoi se fonde cette analyse ? Marine Le Pen organise-t-elle elle-même sa propre contestation interne ?
Elle n’a pas besoin d’aller jusque-là. Comme dans tous les partis, il y a au FN des rivalités de personnes et des divergences de stratégie. Il n’empêche que s’agissant du mariage gay, le FN est radicalement et unanimement contre. S’il y a des dirigeants qui sont pour, on ne les entend pas. C’est seulement sur la manifestation que des opinions différentes s’expriment (faut-il défiler ou non ? Appeler à la manif ou seulement y participer ?) C’est une division sur la tactique. Mais Marine Le Pen, avec habileté, accrédite l’idée d’un désaccord sur le fond qui n’existe pas – mais qui ferait du FN un parti comme les autres, où il y a du débat, où on peut avoir des cas de conscience… Là, on est dans l’illusion de la division.
Autrement dit : c’est un nouvel élément de la stratégie de Marine Le Pen dite de « dédiabolisation » du FN ?
Ça ne fait aucun doute. En réalité, Marine Le Pen n’a aucune envie de défiler pour une cause qui la rapprocherait à la fois de l’UMP et des autorités musulmanes – ce sont ses deux grands ennemis et ils sont hostiles au mariage gay. Et puis elle ne veut pas non plus risquer d’anéantir sa stratégie de séduction envers la communauté gaie. Là où le FN de son père dénonçait l’homosexualité comme une tare, elle cherche à flatter la peur d'un certain électorat homo envers l’islamisme. En clair : elle joue une communauté contre une autre. Drôle de dédiabolisation… D’autant que, par ailleurs, le FN est toujours aussi progressiste sur la peine de mort, la justice des mineurs, l’avortement, etc.
Le journal d’extrême-droite Minute écrit que Marine Le Pen est entourée d’un « lobby gay » et que cela explique sa gêne dans cette affaire.
FN ou pas, il est abject de qualifier des dirigeants politiques à raison de leur vie privée. C’est d’ailleurs absurde car ça revient à postuler que la position sur le mariage découle forcément de l’orientation sexuelle – on sait bien que c’est faux. Cela dit, là encore, il y a une part de posture : ce n’est pas nouveau que Minute critique Marine Le Pen au nom d’une certaine orthodoxie d’extrême-droite ; et Marine Le Pen s’en félicite – ça lui permet de s’afficher en modernisatrice. A l’arrivée, Minute l’a bien soutenue à la présidentielle et elle qui est si souvent critique envers les médias, aime mieux s’en prendre à Libération, au Monde ou à la TV. Tout cela relève de la comédie. Mais on aurait tort d’en sourire.
Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 10 janvier.












