Kosciusko-Morizet : « 1 kg de déchets par jour, c’est trop ! »

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J-J B : On va parler du fameux Grenelle de l’Environnement qui est pour la fin octobre. Nous sommes passés à une nouvelle phase, celle de la concertation avec les Français sur toutes les mesures qui ont été avancées. Fin octobre nous saurons tout. Mais qui décidera au final, ce sera Nicolas Sarkozy ?
N K-M : Au final il y aura une table ronde avec tous ceux qui étaient présents dans les ateliers, et ils sont invités à se mettre d’accord sur quinze plans programmes. Ce sera une finalité arbitrée et présentée par le Président de la République.
J-J B : Nicolas Sarkozy décidera de toutes les mesures à appliquer ?
N K-M : Le processus n’est pas exactement celui là dans la mesure où tous les participants des groupes de travail se réunissent et parlent ensemble de ce qui doit être choisit comme plan programme. A la fin Nicolas Sarkozy arbitre mais l’idée est que les participants puissent s’engager. Par ailleurs il y a des contributions volontaires que les participants sont invités à prendre. Par exemple on a déjà un certain nombre d’entreprises et d’institutions qui ont dit qu’au moment du Grenelle, elles pourront s’engager.
J-J B : Combien de taxes sont prévues ?
N K-M : Il n’y en a pas tant que ça, c’est ce qui ressort, parce que c’est plus facile. Il y a l’idée que dans notre système, on n’envoie pas les bons signaux prix. C’est globalement beaucoup moins cher d’avoir des comportements standards que d’avoir des comportements vertueux, du point de vue de l’environnement. C’est vrai qu’il y a, dans tous les secteurs de l’environnement, le désir de rééquilibrer les signaux prix. D’envoyer des signaux plus clairs. Donc en taxant, concrètement, les comportements polluants et en détaxant ceux qui ne le sont pas.
J-J B : Je n’ai pas fait le compte mais il y a au moins une dizaine de taxes …
N K-M : Maintenant, c’est aux Français de s’exprimer. Les rapports sont sur la table, il n’y a rien de décidé, c’est aux français de dire ce qu’ils en pensent.
J-J B : J’ai vu que l’on ne pouvait toujours pas donner son avis sur le site ?N K-M : Ça va venir dans la journée, c’est en cours. Il faut faire attention, il y a le site Internet et il y a les débats en région. Il y a une vingtaine de débats en région et il faut aussi aller donner son avis dans les débats et s’exprimer. En quelque sorte, il faut voter pour les mesures, il faut dire ce que l’on veut.
J-J B : On va parler de transport : réduction de vitesse immédiate de 10 km/h hors agglomération sur les routes et autoroutes. Vous y êtes favorable ?
N K-M : Pour le moment, Jean-Louis Borloo et moi ne donnons pas notre point de vue. On a des idées mais nous n’avons pas vocation à trancher en ce moment. Pour le moment on relève des propositions, on les fait valoir et on demande aux Français de s’exprimer dessus. On les fait connaître mais l’on ne dit pas lesquelles nous semblent les meilleures ou les moins bonnes. Sinon, on gène le débat.
J-J B : Il ne s’agit pas de dire lesquelles sont bonnes ou ne le sont pas, il s’agit de donner votre avis, sans pour autant qu’il soit adopté par tout le monde…
N K-M : Alors je pense que c’est une belle proposition et que c’est assez remarquable que les participants aient pu se mettre d’accord sur quelque chose comme ça. Ce n’était pas facile parce que ce n’est pas un sujet qui met tout le monde d’accord d’habitude et c’est assez curieux que ce soit sorti d’une façon aussi consensuelle des groupes de travail.
J-J B : Les Automobiles Clubs se montrent réservés et signalent que les voitures en France représentent un millième des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Si l’on applique cette mesure, on aura quelques pourcents de réduction de ce millième et donc aucun impact sur le phénomène de l’éventuel changement climatique…
N K-M : D’abord il n’y a pas que cette mesure sur les transports, c’est un élément parmi d’autres. Evidemment, en matière de changement climatique, c’est très facile de ne rien faire en se disant que de toutes façons avec les chinois, les indiens, les brésiliens… nous tous seuls, on ne peut rien changer. Le problème est que si chacun raisonne comme ça, il ne se passe rien. Et qu’en plus si la France veut avoir une parole forte au niveau internationale pour convaincre les indiens, les chinois, les brésiliens, les américains, de faire quelque chose, elle a besoin d’être exemplaire.
J-J B : Le bonus-malus sur les voitures neuves qu’en dites-vous ?
N K-M : C’est une idée intéressante parce qu’encore une fois c’est un signal prix. Ce n’est pas vraiment une taxe parce que c’est un système de rééquilibrage. Je pense qu’on aurait tort de se focaliser sur l’une ou l’autre de ces mesures, ce qui est intéressant c’est l’ensemble, c’est l’addition. Il y a aussi l’éco redevance sur les poids lourds, qui est une mesure très intéressante aussi.
J-J B : Mais le patronat ne veut pas de l’éco redevance sur les poids lourds.
N K-M : Il y a eu un débat entre les transporteurs routiers parce qu’au début, il y a une des fédérations des transporteurs routiers qui était favorable mais les autres n’en veulent pas. Tout le monde n’est pas d’accord sur tout. Avec Jean-Louis Borloo, on avait dit très clairement au mois de juillet, qu’on ne voulait pas d’un consensus mou. Si certains ne sont pas d’accord, on préfère que ce soit dit.
J-J B : C’est ce dont vous allez discuter au final alors ? Et c’est vous qui allez trancher ?
N K-M : Pour le moment on n’est pas dans la discussion finale, pour le moment on demande aux français de prendre nos propositions et de mettre en lumière celles qui les intéressent et de nous dire ce qu’ils sont prêts à faire.
J-J B : Rétablir le vrai coût du transport aérien, supprimer les aides accordées par exemple au compagnie Low Cost, ça parait normal ?
N K-M : Ça parait assez logique. Il y a des choses très intéressantes sur le transport aérien, il y a l’idée que quand il y a une alternative, par exemple en matière de TGV, on peut taxer le kérosène et moi je trouve ça bien. D’une manière générale que la fiscalité environnementale ait une alternative est intéressant. Sinon c’est punitif ; taxer parce que vous êtes polluants alors qu’il n’y a pas d’alternative, que vous n’avez pas le choix, ça a peu d’intérêt. En revanche, taxer parce qu’il y a une alternative pour vous pousser à la prendre, là c’est intéressant. Taxer les vols intérieurs quand vous pouvez prendre le TGV à la place, ça a du sens.
J-J B : Les ampoules à forte consommation seront interdites en Grande-Bretagne à partir de 2008, qu’en est-il en France ?N K-M : C’est une des propositions du Grenelle, qui propose pour horizon 2010. Ce sont des ampoules à incandescence.
J-J B : Faire payer chaque foyer en fonction des déchets produits, c’est une bonne idée ?N K-M : Ce n’est pas seulement en fonction des déchets produits, c’est l’idée d’avoir, comme pour l’eau, une part fixe pour une famille et une part variable en fonction des déchets produits. En France on est à plus de 350 kilos par habitant et par an. Donc ça fait un kilo par jour. On est mauvais en terme de quantité de déchets produits. C’est 100 kilos de plus par an qu’un japonais et il n’y a pas de raison que ce soit ainsi. On est mauvais aussi parce que les politiques de prévention ne sont pas assez fortes. Payer une partie au poids est donc une bonne idée.
J-J B : Ça serait une bonne idée de dire aux entreprises de faire attention aux emballages.
N K-M : C’est ce qu’on appelle l’éco conception, mais tout ça va ensemble.
J-J B : Il ne faudrait pas que les OGM focalisent toute l’attention lors de ce Grenelle de l’Environnement. Il y a les expériences en plein champ, ce sur quoi on n’a pas trop compris le discours des uns et des autres au gouvernement, entre Jean-Louis Borloo et Michel Barnier. Faut-il continuer les expériences OGM en plein champ selon vous ?
N K-M : Ce qui est intéressant sur les OGM, c’est que l’on a pu parler dans les groupes de travail, ce qui n’était pas évident. Il y a des sujets sur lesquels on n’est pas du tout allé assez loin. On a pu trouver un accord sur le fait que la situation actuelle n’était pas du tout satisfaisante. Que ce qui s’était passé cet été avec des débuts d’affrontements dans les campagnes était vraiment quelque chose qu’on ne voulait en aucun cas reproduire. Pour le moment on n’a pas de régime de responsabilité environnementale en matière d’OGM ; récemment il y a eu des apiculteurs qui ont eu un problème, ils ont porté plainte, mais l’on ne sait pas comment ça se passe sur une plainte de ce genre là. Il commence à y avoir un consensus et Jean-Louis Borloo l’avait annoncé, sur l’idée qu’il faudrait avoir une loi. Il y a un consensus sur une loi, il y a un consensus sur la refonte des instances d’évaluation. Sur la question du moratoire, pour le moment il n’y a pas du tout de consensus entre les participants.
J-J B : Et vous, êtes vous favorable au moratoire ?
N K-M : Sur ce sujet comme sur les autres je ne me prononce pas avant la fin du Grenelle.
J-J B : Pourquoi ? Vous avez peur de quoi ?
N K-M : Il ne s’agit pas d’avoir peur. J’ai un avis et j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer mais on ne va pas préempter le débat public, on est en train d’ouvrir, de lancer la consultation, on est en train de dire aux Français de s’exprimer et vous voudriez que Jean-Louis Borloo et moi donnions notre point de vue. Annoncer l’avis du gouvernement n’est pas la meilleure ouverture pour un débat.
J-J B : Pardonnez moi mais les Français ont leur avis et n’ont pas besoin de vous pour prendre des décisions. Mais ils ont envie d’écouter vos arguments et c’est dommage que vous ne les donniez pas.
N K-M : Je ne suis pas d’accord avec ça. Les français ont leur avis mais en revanche ils ont besoin de nous pour prendre des décisions.












