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Jean-Marc Ayrault, désigné comme maillon faible

BFM Christophe Jakubyszyn
Les Coulisses de la politique, de Christophe Jakubyszyn, sur RMC du lundi au vendredi à 7h20

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Nous en parlions mercredi, le gouvernement a le « chat noir ». La poisse continue car le Premier ministre a, dans la foulée, commis une bourde historique : annoncer l’annulation d’une loi par le Conseil constitutionnel alors que ce dernier ne s’était pas encore prononcé.

Vous avez vu la suite : le président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré qui corrige le premier ministre avec une déclaration à l’AFP ; Jean-Marc Ayrault qui fait un communiqué pour se démentir lui-même ; l’opposition qui se déchaine à l’Assemblée l’après-midi ; et finalement, à 19 heures, le Conseil constitutionnel qui annule la loi Duflot sur le logement. Et on peut regarder la presse ce matin. Le Parisien : le mercredi noir de Jean-Marc Ayrault. Libération met une grande photo de Ayrault et de Hollande en une avec ce titre : « Les Apprentis ». Et Le Figaro fait des jeux de mots : têtes à couac, un couac d’avance, pour un couac avec toi, running couacs.
Dans ces cas-là, je prends la défense de Jean-Marc Ayrault car je n’aime pas beaucoup la pensée unique, l’hallali médiatique. En ce moment, Jean-Marc Ayrault est le maillon faible du gouvernement. Il est tellement facile de s’acharner sur lui.

Vous le défendez… Mais est-il vraiment défendable ?

Mercredi, il a commis une maladresse. Le Conseil constitutionnel est le gardien de notre loi la plus élevée, la Constitution, ses décisions s’imposent à toutes les juridictions et autorités de la République. Et le pouvoir exécutif n’a ni à commenter, ni à annoncer ses décisions. Mais je vous emmène ce matin une nouvelle fois dans les coulisses de la République. Que se passe-t-il dans ces coulisses, derrière la vitrine légale ? Et bien on se parle, on prévient le gouvernement.
Il y a des fonctionnaires qui préparent la décision, le rapporteur qui émet une recommandation, le secrétaire général du Conseil qui peut passer un petit coup de fil, la veille, au directeur de cabinet de Matignon ou au secrétaire général de l’Elysée. Ils ont fait la même école, souvent l’ENA. On peut imaginer la conversation : « Tu sais, la loi Duflot, elle n’a aucune chance de passer, le rapporteur a rédigé cinq lignes claires et précises. J’ai croisé cinq membres du Conseil dans les couloirs ils m’ont dit qu’il n’y avait pas photo, etc… »
Un ancien directeur de cabinet de Matignon me confiait mercredi que, oui, quelques heures avant, il est d’usage que le Conseil constitutionnel informe Matignon pour qu’il se prépare.

On s’acharne sur le Premier ministre ?

Oui, à commencer par le président du Conseil constitutionnel. Jean-Louis Debré a apparemment pris un malin plaisir à dire à l’AFP, immédiatement après la bourde d’Ayrault, que la décision ne serait prise que dans l’après-midi. Alors il avait raison, c’est de bonne guerre. Mais il pouvait aussi ne rien dire, dire que le conseil travaillait et attendre la fin de journée pour confirmer l’annulation du texte par le conseil réuni dans la journée. Du coup, personne n’aurait critiqué aussi violemment Ayrault. On aurait dit que le Premier ministre devait connaître la décision du conseil constitutionnel mais ce dernier n’avait pas encore communiqué.
Mais Jean-Marc Ayrault a été désigné comme le maillon faible. Pour refiler le mistigri, il va lui falloir s’armer de patience et de courage.

Pour écouter les Coulisses de la Politique de Christophe Jakubyszyn du jeudi 25 octobre, cliquez-ici