Hollande fait des infidélités à Merkel

Les Coulisses de la politique, de Christophe Jakubyszyn, sur RMC du lundi au vendredi à 7h20 - -
En tout cas il n’y a pas de pré-accord franco-allemand. Pas de lettre signée par la chancelière et le président de la République pour fixer à leurs partenaires le point d’arrivée des discussions. Cette fois-ci François Hollande fait des infidélités à Angela Merkel : « Est-ce que le couple franco-allemand doit être une relation exclusive ? Non ! » affirme François Hollande dans une interview donnée à six quotidiens européens dont Le Monde. Cette interview est en fait une sorte de scud unilatéral que François Hollande a envoyé mercredi à nos amis allemands. Voilà ce qu’il dit encore de la chancelière « On ne peut pas reprocher à Angela Merkel d’être ambiguë ». Traduction : elle prend ses désirs pour la réalité.
Mais pourquoi François Hollande durcit-il soudain le ton ?
Pour une raison simple : il a fait voter par le Parlement français le traité budgétaire. Et il est donc en position de force sans risquer de semer la panique sur les marchés. François Hollande peut maintenant mettre les pieds dans le plat. Et il est bien décidé à faire plier Angela Merkel. Il y prend d’ailleurs goût. Pour son baptême du feu européen, le 29 juin dernier, il avait réussi à isoler l’Allemagne et à obliger Angela Merkel à accepter une forme de mutualisation des dettes et un rôle plus actif de la Banque centrale européenne.
Souvenez, c’était un peu un coup de chance. Les Italiens et les Espagnols menaçaient de claquer la porte et refusaient le diktat allemand. François Hollande, habitué aux subtils compromis dans le cadre de son ancienne fonction de patron du Parti socialiste, s’était habilement allié à eux pour faire céder Angela Merkel. Ce rebondissement surprise du sommet du 29 juin est finalement la clef du sauvetage de l’euro, dont s’est réjoui François Hollande mercredi dans sa grande interview.
A ce propos, l’euro est-il vraiment sauvé, comme l’affirme François Hollande dans cette interview ?
C’est vrai que plusieurs indicateurs sont au vert. L’euro remonte face au dollar, 1,32 mercredi, ce qui veut dire que la confiance des investisseurs revient. Ensuite, les taux d’intérêt sont incroyablement bas, ce qui signifie que la spéculation a cessé. Donc oui, sur ce plan là, la tempête s’éloigne. Mais en durcissant le ton face à Angela Merkel, François Hollande démarre une autre bataille tout aussi périlleuse.
Il veut qu’Angela Merkel fasse un pas de plus vers la mise en commun des problèmes, notamment le contrôle des banques et la mise en commun des dettes, avec les fameux eurobonds, deux sujets qui fâchent Angela Merkel au plus haut point. Elle préfèrerait qu’on mette d’abord en commun les politiques budgétaires, ou si vous préférez qu’on mette un ministre des finances allemand à la place de notre ministre du budget, Jérôme Cahuzac. En effet, la chancelière demande pour 2013 la création d’un ministère européen des finances. Jérôme Cahuzac est peut-être le dernier ministre du budget français.
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