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EDITO - Le jour d’après Cahuzac

BFM Jean-François Achilli
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La démission de l’ex-ministre du budget porte un coup rude à l’exécutif déjà mal en point dans les sondages. Les dossiers, reviennent à la charge: le Mali, mais aussi… la taxe à 75%. L'édito de Jean-François Achilli.

Un ministre de tout premier rang a traduit à sa façon mercredi soir son sentiment de trouble mêlé à du soulagement: "La politique est cruelle, le climat est apaisé". François Hollande, le matin, en ouverture du Conseil des ministres, a souligné sur un ton assez solennel, la présence d’un "absent": Jérôme Cahuzac, dont le chef de l’Etat a salué "la décision courageuse", sa démission, "pour se donner tous les moyens de défendre son honneur". L’hommage fut "sobre et bref", raconte une ministre. Il y avait de la gravité dans l’expression du président, qui a enchainé avec l’ordre du jour. Les mines étaient fermées autour de la grande table du conseil. Le cœur n’y était manifestement pas.

Emotion également, à la mi-journée, lors de la passation de pouvoir à Bercy?

Confidence d’un conseiller du ministère du Budget: "c’était dur, très dur". Les sourires forcés de Pierre Moscovici et des autres ministres masquaient à peine le blues ambiant. Jérôme Cahuzac a qualifié la nomination de son successeur Bernard Cazeneuve de "seule bonne nouvelle" de sa journée de mardi. L’ex-ministre a disparu ensuite à bord d’une voiture officielle, lui qui redeviendra automatiquement député dans un mois, va se consacrer à sa défense dans l’enquête pour blanchiment de fraude fiscale dont il fait l’objet, à la suite des révélations de Médiapart. "La vie continue" a lâché dans un soupir un collaborateur de Bercy.

Justement, Bernard Cazeneuve, son successeur, a déjà sur la table le dossier de la taxe à 75%?

Le Conseil d’Etat doit rendre aujourd’hui sa copie sur une série de questions qui lui ont été soumises afin de dessiner la future taxe qui succèdera à l’automne celle à 75%, retoquée par le Conseil constitutionnel. Où sera placé le curseur pour ne pas rendre le futur impôt confiscatoire? En deçà de 70%, confiait une source à Bercy, 66,66% précise Le Figaro ce jeudi matin, pour cet impôt auquel Jérôme Cahuzac était hostile durant la campagne. Une fois les conclusions rendues, elles seront transmises à Matignon. Jean-Marc Ayrault rendra public son arbitrage avant l’été, pour un vote fin septembre, dans le cadre du projet de budget pour 2014.

François Hollande est-il atteint par la démission de Jérôme Cahuzac?

L’affaire vient alourdir la barque déjà très chargée d’un exécutif toujours plus impopulaire. Et François Hollande allume déjà des contrefeux, comme sa déclaration, mercredi soir, au diner annuel du CRIF, sur un retour à la souveraineté "dans quelques jours" de la quasi-totalité du territoire malien. Le président est face à une énigme: que peut-il donc dire quand il s’exprimera à la télévision pour faire chavirer l’opinion? "C’est la crise"? Les Français le savent déjà. Comme le confiait un conseiller gouvernemental mercredi soir, "le président ne redeviendra pas populaire tant que la courbe du chômage ne sera pas inversée".

>> Ecoutez ici les Coulisses de la Politique de Jean-François Achilli de jeudi.

|||Jean-François Achilli

Directeur de la Rédaction de RMC et éditorialiste RMC/BFMTV

Il intègre la rédaction de France Inter en 1998, puis le service politique en 2000, dont il prend la direction en septembre 2008. Il rejoint RMC en décembre 2012 comme directeur de la rédaction et éditorialiste RMC/BFMTV.

>> Suivez-le sur Twitter @jfachilli et sur son blog.