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Comment le gouvernement a préparé la journée de mobilisation

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« Les coulisses de la politique », tous les matins à 7h20 sur RMC et RMC.fr avec C. Jakubyszyn.

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Ça passe ou ça casse. Ce mardi, journée décisive pour la réforme des retraites du gouvernement. Des milliers de Français dans la rue. Des grèves qui, parfois, se radicalisent. Comment Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont-ils préparé cette mobilisation ?

Une journée de mobilisation, ça se prépare quand on est salarié. Quand on est syndiqué. Quand on est usager. Mais aussi quand on est aux manettes de l'Etat et d'une réforme difficile à faire accepter de tous.
Première étape, c’était dans les dernières heures avant le jour J : opération désamorçage - déminage même - du mouvement lycéen et étudiant. La grande peur du gouvernement, on en a déjà parlé, c’est la mobilisation des jeunes. Parce que les jeunes sont plus incontrôlables et parce qu’ils peuvent faire grève plus longtemps que les salariés. Jusqu’à présent, ils se sont peu mobilisés. Cette fois-ci, c’est un peu différent car la rentrée universitaire a déjà eu lieu. Et les étudiants seront sans doute plus nombreux. Le gouvernement a donc essayé jusqu’au dernier moment de décourager les jeunes, en dénonçant ceux qui les manipulent. Vous allez le voir : comme d’habitude, le discours est préparé à l’Elysée, et il est répété par tous les ministres chargés de distiller la bonne parole.

La bonne parole des ministres

Ça commence par l’Elysée donc. Avec Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy, vendredi dernier, qui trouve « totalement irresponsable que des adultes responsables, dans certaines organisations, invitent les lycéens à aller dans la rue sur le sujet des retraites ». Ça se poursuit avec Eric Woerth qui estime que « ceux qui appellent à la mobilisation des jeunes sont totalement irresponsables ». Que dit pour sa part Nadine Morano ? Que « les adultes qui appelent à cela [ndlr, manifester] sont irresponsables ». Irresponsabilité, vous avez dit ? Oui, « irresponsabilité », répondra à son tour le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, un peu plus tard.
Luc Chatel qui, peu après, réagira à l’incident survenu en Haute-Savoie avec deux jeunes filles brûlées au visage au cours du blocus d’un lycée : « Manifester c'est dangereux. La place des lycéens est dans leur classe ». Les proviseurs, d'ailleurs, ont reçu pour consigne d'alerter les parents en cas d'absence de leur enfant. Et les services secrets ont aussi été mis à contribution. Ils ont envoyé ce week-end une note au ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, décrivant la tactique des affreux gauchistes qui s'organisent sur Facebook et par SMS.

Nicolas Sarkozy serein, pas son entourage

Et Nicolas Sarkozy ? Comment a-t-il programmé cette journée de mardi ? D'une manière très politique. Avec, le matin, le petit déjeuner de la majorité où le président va une nouvelle fois bomber du torse. Sa réforme des retraites suscite de l’hostilité ? Tant mieux, c’est la preuve qu’il réforme. « Je clive donc j’existe ». Au fond, Nicolas Sarkozy voit d’un assez bon œil une forte mobilisation… à condition qu’elle ne s’installe pas.
Le Président est serein. Mais son entourage est plus inquiet. Ses conseillers ont épluché les derniers sondages qui montrent que les Français sont de plus en plus hostiles à la réforme. Même si au fond, ils savent qu’une réforme est inévitable et nécessaire, ils considèrent que celle-ci est injuste. Plus inquiétant, la majorité semble soutenir la radicalisation de la mobilisation : deux tiers des Français selon un sondage BVA pour M6. C’est la raison pour laquelle, en coulisse, le gouvernement s’active pour faire voter le plus vite possible la réforme des retraites.
C’est lundi dans la nuit que le Sénat a voté le passage de 65 à 67 ans pour une retraite à taux plein pour ceux qui n’ont pas atteint, avant, le nombre d’annuités nécessaires. Et les Sénateurs ont été prévenus de reporter leur départ en week-end. Ce qui, pour un sénateur, constitue un évènement historique ! Ils travailleront de 9h30 à 14h30 samedi matin pour finir de voter le texte. Juste avant les manifs prévues samedi.
Bref, cette course de vitesse entre le Parlement et la rue ressemble de plus en plus à de l’affolement.