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Budget de l’armée : défense d'y toucher ?

BFM Mathias Chaillot avec Victor Joanin
L'hypothèse la plus radicale prévoit la suppression de 50 000 postes et l'arrêt de plusieurs projets, pour des économies de 10 milliards d'euros.

L'hypothèse la plus radicale prévoit la suppression de 50 000 postes et l'arrêt de plusieurs projets, pour des économies de 10 milliards d'euros. - -

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Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian reçoit ce lundi son collègue du Budget Jérôme Cahuzac pour essayer de le convaincre de ne pas amputer de 10 milliards d’euros le budget de l'armée. Des coupes que critique une partie de la classe politique.

Ce sont des coupes drastiques que Jérôme Cahuzac pourrait imposer à l’armée si Jean-Yves Le Drian ne parvient pas à le convaincre ce lundi. Le ministre de la Défense reçoit en effet à 19h15 son collègue de Bercy pour lui demander de ne pas amputer davantage le budget des forces armées.
Pour Jérôme Cahuzac, la Défense doit participer, comme les autres ministères, au serrage de ceinture, et Bercy pourrait demander à l'armée de réduire ses dépenses de près de 10 milliards d'euros à l'horizon 2025, ce qui porterait l'effort de défense à 1,1 % du PIB contre 1,5% aujourd'hui. Mais Jean-Yves Le Drian et les grands industriels du secteur espèrent le convaincre de ne pas aller aussi loin, alors que la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat a appelé au maintien d’un « effort minimal de défense de 1,5% du PIB ». A ce jour, deux hypothèses semblent se dessiner : la première prévoirait une suppression de 30 000 postes, sur un total d'environ 300 000 militaires. La seconde, beaucoup plus sévère, imposerait une économie totale de 10 milliards d'euros avec une suppression de 50 000 postes et l'abandon de nombreux projets militaro industriels. Au final, c'est François Hollande qui devra arbitrer, vraisemblablement vendredi lors du prochain Conseil de défense à l'Elysée. 

« Des centaines de milliers d’emplois » menacés

Le député UMP Alain Marleix, député membre de la Commission de la défense nationale et des forces armées, soutient le ministre de la Défense dans sa volonté de préserver le budget de l’armée. « N’oublions pas que la France fait partie du Conseil de sécurité des Nations-Unies, ça lui donne un rôle et une importance considérable, rappelle l’élu. Il faut préserver cette possibilité d’avoir un armement performant. On l’a vu en Libye, on le voit aussi au Mali. Et bien sûr, il faut avoir une pensée pour nos industries d’armement, des centaines de milliers d’emplois dans notre pays ».

« Ça devient complètement obsolète »

Mais à l’heure où les menaces évoluent, l’armée aussi doit muter, estime le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé qui considère que toutes ces casernes, en France, n’ont plus d’utilité. « Il parait évident que même s’il faut maintenir des activités de défense significatives, notamment les forces de projection à l’extérieur, il faut réduire ce budget, parce qu’on entretient des casernes partout en France, mais pour faire face à quel ennemi en réalité ? A un moment, il faut savoir ce qu’on veut : est-ce qu’on veut avoir des écoles, des hôpitaux de proximité, ou est-ce qu’on veut avoir des soldats ? Sur le territoire national, ça devient complètement obsolète ».

« Des missions que la France ne pourrait pas remplir »

Toutefois, pour le journaliste spécialiste des questions militaires Jean Guisnel, les 10 milliards d’euros d’efforts demandés par Bercy modifieraient considérablement les capacités françaises. « Cette hypothèse-là impliquerait la perte de 50 000 emplois dans les armées, il y aurait des missions que la France ne pourrait pas remplir, estime ce spécialiste. Pour prendre un exemple précis : l’opération Serval qui se passe au Mali en ce moment. L’arrêt porté aux djihadistes qui descendait sur Bamako aurait pu être fait, mais nous n’aurions pas pu envoyer les 4000 soldats prévus, ni avoir la capacité à reconquérir le pays en quelques semaines. Ce serait vraiment une armée extrêmement différente de celle qu’on a connu depuis la Seconde guerre mondiale ».