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BPI : Le placard de Royal n’est même pas doré!

BFM Hervé Gattegno
Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

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La nomination de Ségolène Royal comme vice-présidente de la Banque publique d’investissement est-elle une faveur politique et personnelle ? L’opposition a l’air de le penser. Mais ce n’est pas si évident.

Si cette nomination est un cadeau, il est empoisonné. Vice-présidente de la BPI, c’est mieux que d’être au guichet ; mais c’est moins prestigieux qu’une belle ambassade et moins stratégique qu’une place au Conseil constitutionnel – et en plus, c’est bénévole ! Sans doute que Ségolène Royal espère entretenir l’illusion qu’avec cette fonction, elle reste dans l’action. En réalité, elle n’est même pas n°2 de la BPI (il y a un DG) et on ne sait pas bien quel sera le vrai pouvoir de la BPI elle-même. Pour une ex-finaliste à la présidentielle, c’est une promotion qui ressemble à une relégation.

Est-ce qu’il faut voir derrière cette nomination la main de François Hollande ?

C’est évident ! C’est par un décret du gouvernement que Ségolène Royal a été nommée au conseil d’administration : on n’imagine pas qu’un ministre l’ait fait en cachette. Et c’est Jean-Pierre Jouyet, président de la BPI, qui est aussi le meilleur ami de François Hollande qui va l’installer à ses côtés – lui non plus, il ne le fait pas sans le feu vert de l’Elysée. Surtout, on a vu et entendu Ségolène Royal s’époumoner à la recherche d’un poste depuis son échec aux législatives et on sait à qui le message était adressé. Elle serait montée sur une grue qu’elle n’aurait pas été mieux entendue !

Il n’empêche que, si je vous suis bien, elle a été entendue mais pas satisfaite : elle aurait pu espérer mieux ?

Ses ambitions étaient surtout politiques. Elle rêvait de la présidence de l’Assemblée ; puis elle a fait dire qu’elle avait refusé le ministère de la Justice (ce qui, de toute évidence, est faux). Elle a même parlé d’un accord avec François Hollande pour qu’elle « rentre dans le dispositif ». En fait, elle rentre surtout dans le rang. Jean-Pierre Jouyet invoque « ses capacités de communication », mais elle aura du mal à rayonner dans une fonction qui n’est pas vraiment exécutive. Sans compter cette bizarrerie : la voilà au sommet d’une institution financière de l’Etat tout en restant une élue (présidente de région)…

Disons les choses clairement : vous pensez qu’il y a un risque de conflit d’intérêts ?

La vocation de la BPI est double : prêter de l’argent aux PME innovantes, en soutenir certaines en entrant dans leur capital. C’est déjà un statut hybride qui suscite des critiques : elle peut être en situation d’aider des entreprises dont elle est actionnaire. L’arrivée de Ségolène Royal ajoute à la confusion : est-ce qu’on va choisir les PME qui seront aidées sur des critères politiques ? Et sinon, quelle est la compétence de Ségolène Royal pour les choisir ? On voit bien que le plus sage serait qu’elle intervienne le moins possible : dans son intérêt et dans celui de la BPI – et sans doute aussi dans celui de François Hollande. Au total, faire de Ségolène Royal une vice-présidente est peut-être un vrai coup de vice… du président.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 21 février.