Ayrault en ébullition face au dossier Florange

Les Coulisses de la Politique, de Jean-François Achilli, du lundi au vendredi à 7h20 sur RMC - -
Matignon aura tout fait lundi pour tenter de déminer ce qui pourrait ressembler à un début de crise politique, si la polémique reste « sous chauffe »... Jean-Marc Ayrault, qui va recevoir demain les syndicats de Florange, était en ébullition, pour ne pas dire en combustion lundi matin, comme dans un haut fourneau, après la révélation, sur RMC, d’Hervé Gattegno, qui a affirmé qu’une partie de l’accord passé avec Mittal viserait à préserver les intérêts de l’usine du groupe située à Basse-Indre, près de Nantes, dans le fief électoral du Premier ministre.
Matignon a donc riposté lundi à la mi-journée en publiant un communiqué pour affirmer qu’ArcelorMittal s’était engagé à maintenir l’ensemble de ses sites industriels en France, notamment Fos-sur-Mer, Dunkerque, et Basse-Indre. Aucun d’eux n’a été privilégié par rapport à celui de Florange, a martelé l’entourage du Premier ministre, qui a décidé en milieu d’après-midi de ne plus communiquer, pour ne pas entretenir la flamme de la polémique.
L’ennui est que les salariés de cette usine de Basse-Indre, devenue en quelques heures la plus célèbre de France, ont appris qu’une partie des activités du site allait être transférée à Florange, et inversement, et que ces mouvements faisaient bel et bien partie du mystérieux accord passé avec Mittal.
Alors, y-a-t-il eu un accord secret ? Pourquoi n’est-il pas possible de le lire ?
Les syndicats ont préparé une lettre pour réclamer au gouvernement de pouvoir consulter le document signé avec Lakshmi Mittal, le patron du groupe sidérurgique. Impossible : « le texte n’est que paraphé, il attend sa signature finale, c’est pour cela qu’il n’a pas été publié », explique une source proche du dossier. Ce qui signifierait que les tractations avec Mittal ne seraient pas terminées. Autre raison de la mauvaise humeur de Jean-Marc Ayrault, l’attitude d’Arnaud Montebourg… soupçonné du côté de Matignon de vouloir se venger du Premier ministre en se posant en victime et en laissant filtrer certaines infos gênantes, qui n’auraient jamais dû sortir.
Il y a du Copé-Fillon en eux ! Les deux se détestent et ne se parlent plus. Depuis que Montebourg en 2008 a voulu se présenter à la tête du groupe socialiste à l’Assemblée, contre le député-maire de Nantes, qu’il jugeait trop conformiste. Ayrault ne supporte pas le style flamboyant et perso de Montebourg, qui trouve le Premier ministre trop terne et tout simplement « pas au niveau ».
François Hollande a arbitré en faveur de Jean-Marc Ayrault, tout en ménageant Arnaud Montebourg
Le tandem de choc viendra s’expliquer devant le groupe PS ce matin pour faire bonne figure. Et pourtant, le chef de l’Etat, en choisissant l’accord avec Mittal, soutenu par Ayrault, contre la nationalisation temporaire prônée par Montebourg, a désavoué son ministre du Redressement productif tout en refusant sa démission. Le président ne veut pas d’un deuxième Mélenchon face à lui...
François Hollande qui a tenté, par ailleurs, de rassurer les syndicats, en mettant en garde Lakshmi Mittal, lundi, en marge du sommet franco-italien de Lyon: « tout le gouvernement est solidaire des décisions prises, et tous les moyens de droit seront utilisés si l’accord passé vendredi n’était pas appliqué et respecté », a prévenu le chef de l’Etat.
Ce qui revient à reconnaitre que Mittal ne serait pas fiable, lui qui a été choisi au détriment du repreneur, proposé par Arnaud Montebourg, jugé « pas crédible » par Jean-Marc Ayrault, mais qui devrait être reçu à l’Elysée dans les prochains jours, allez savoir pourquoi, puisque soit disant, il ne tenait pas la route.
On sait enfin de qui il s’agit ?
Un nom a fini par sortir du chapeau. Bernard Serin, un Français de 62 ans, ancien d’Usinor, patron de CMI, un groupe belge spécialisé dans la sidérurgie, et accessoirement président du FC Metz. L’Elysée ne voulait pas communiquer à son sujet lundi, pour éviter la moindre polémique. Il suffit de pas grand-chose pour que le Florange de Hollande finisse comme le Gandrange de Sarkozy. Le dossier ArcelorMittal est encore dans la filière chaude.
Ecoutez ici les Coulisses de la Politique de Jean-François Achilli de ce mardi 4 décembre.












