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Aller en Centrafrique était un devoir

BFM Hervé Gattegno
Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

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Le Parlement a approuvé hier la prolongation de l’opération militaire "Sangaris" en Centrafrique. Le vote a été acquis à une large majorité, malgré les réserves de l’UMP. Votre parti pris : Aller en Centrafrique était un devoir, y rester est une nécessité.

Il faut écarter d’emblée l’argument selon lequel la France n’a pas d’autre choix que de rester en Centrafrique parce qu’elle aurait commis l’erreur d’y aller. C’était un devoir : humanitaire, mais aussi stratégique. Il s’agit de notre zone d’influence en Afrique, on ne peut pas la laisser déstabiliser par des conflits ethniques et religieux.

Il est vrai que François Hollande et Jean-Yves Le Drian ont été naïfs de dire que nos soldats partaient pour 6 mois – c’est ce qu’ont dû leur "vendre" les militaires, qui ont tendance à fanfaronner. Le fait est qu’on sait quand une guerre commence, pas quand elle finit. Donc exiger une date de retour est tout aussi illusoire. On ne fait pas la guerre en CDD.

Plusieurs députés de l'UMP expliquent que la situation a empiré depuis l'arrivée des troupes françaises. L'argument est-il recevable?

C’est absurde. Si nos soldats sont partis en Centrafrique, c’est qu’il s’y passait des choses très graves – des massacres, un risque de génocide. Que le danger n’ait pas disparu est la meilleure raison de rester, pas de partir ! Ou alors, c’est que notre armée ne doit servir que dans des pays en paix...

Cela dit, la position principale de l’UMP est très hypocrite : si l’intervention n’est plus justifiée, il ne faut pas émettre des réserves mais voter contre. Un élu responsable n’envoie pas les soldats au casse-pipe sur des bases qu’il conteste. A l’inverse, si on vote pour, on se tait, par respect pour ces hommes qui s’exposent au nom de la France, par dignité.

Ayrault a dit hier que notre présence militaire devrait se prolonger jusqu'à ce qu'une force internationale puisse assurer la sécurité de la Centrafrique. Ça veut dire que nous y sommes pour longtemps?

Certainement, et Jean-Marc Ayrault a eu l’honnêteté de le dire assez clairement. Il est difficile de savoir ce qui se serait passé si nos soldats n’étaient pas allés à Bangui mais on devine aisément ce qui se passerait s’ils partaient. Nous avons contribué (sous mandat de l’ONU) à engager un processus politique, ce serait totalement irresponsable de tout laisser tomber. Ce serait le bain de sang assuré.

D’ailleurs il n’y a pas d’urgence, ni militaire ni budgétaire. Ce n’est ni le Vietnam ni l’Afghanistan. Jusqu’ici, l’opération a coûté 100 M€ ; comme prix de la pacification et de l’influence de la France, ce n’est pas disproportionné.

Le problème qui demeure, c'est l'isolement de la France. Une nouvelle preuve de l'absence de politique européenne?

Evidemment. Mais là aussi, il faut faire primer le réalisme sur l’idéalisme. Les Européens ont été en dessous de tout dans cette affaire, parce qu’on sait bien que les opinions sont hostiles à des interventions armées de ce type.

En plus, nos partenaires allemands, anglais, italiens etc. ont tous considéré que c’était à la France d’intervenir parce que nous avons dans cette partie de l’Afrique des responsabilités politiques et historiques plus grandes que les autres. C’était d’autant plus notre devoir. Donc c’est vrai que François Hollande a un peu prêché dans le désert ; ce n’est sûrement pas une raison pour déserter.