12 propositions pour lutter contre la récidive

Christiane Taubira veut éviter les courtes peines de prison et trouver des alternatives à l'incarcération. - -
Déjà cheval de bataille de Nicolas Sarkozy, la lutte contre la récidive arrive sur le bureau de Christiane Taubira qui veut s’attaquer au sujet à sa façon. Douze propositions de réforme pour prévenir la récidive ont été remises mercredi soir, après cinq mois de débat, au Premier Ministre et à la ministre de la Justice qui veut trouver des alternatives à l’incarcération. Au programme : fin des sanctions automatiques, systématisation des libérations conditionnelles, suppression des mesures de sûreté, déjudiciarisation de certaines infractions, limitation des courtes peines d'incarcération ou encore création d'une peine de probation, effectuée hors prison et remplacée par exemple par des travaux d’intérêt général. Ces préconisations permettront d'élaborer un projet de loi sur la politique pénale en juin prochain, mais l’idée en effraye déjà beaucoup.
« On retourne 20 ans en arrière »
Pour Philippe Schmitt, père d'Anne Lorraine assassinée dans le RER D en novembre 2007, c’est « un signal catastrophique » envoyé aux victimes. « Je suis très inquiet. Dans la mesure où on multiplie les libérations anticipées, ça va concerner l’ensemble des délinquants. On est dans l’imposture, le déni. Et deuxième aspect qui m’inquiète énormément, c’est la remise en cause de la rétention de sureté au-delà de 15 ans, la remise en cause des peines plancher, un certain de nombres de mesures minimales et qu’on avait arraché de longue lutte des gouvernements précédents. On retourne 20 ans en arrière. Ce qui intéresse les gens, c’est le sort des criminels, on ne s’intéresse pas du tout au sort des victimes, et des victimes à venir ».
« Il faut les enfermer, les neutraliser »
Une des pistes évoquées pour réduire les incarcérations automatique est la « justice réparatrice », qui consiste à mettre en relation des auteurs et des victimes. Et ça, Philippe Schmitt est radicalement contre. « Pour moi il en est hors de question, ce serait trahir la mémoire de ma fille. Ça me scandalise, même. Je n’ai absolument pas envie de rencontrer l’assassin de ma fille ou d’une joggeuse, quelqu’un qui a du sang plein les mains, je ne veux pas me mettre autour d’une table avec ce genre d’individus. Donc on investit en pure perte. Je pense que ces gens-là, il faut les enfermer, les neutraliser, et ne surtout pas les libérer. L’assassin de ma fille a été condamné à la perpétuité avec une rétention de sureté de 17 ans, j’attends qu’il fasse sa peine ».
« La victime a très peu de place »
De plus, certaines associations de victimes estiment ne pas avoir écoutées. Victime du violeur récidiviste Patrick Trémeau en 1994, Marie-Ange estime ainsi que « c’est parfait la prévention, très bien de faire attention à la récidive, mais si on laisse les auteurs dans la rue, le risque de récidive existe. Il me semble que le passage par la case prison est bon pour tout le monde. Moi, ce qui me choque, c’est que finalement la victime a très peu de place ou aucune place ». Autre mesure qui inquiète, la suppression annoncée de la rétention de sûreté, votée en 2008, et qui permet de maintenir en prison les criminels les plus dangereux. Jean-Pierre Escarfail s'est battu pour l'obtenir, après le viol et le meurtre de sa fille par Guy Georges. Et aujourd’hui, il s’inquiète. « C’est invraisemblable. Il y a des gens qu’on ne peut pas laisser sortir de prison. Il y aura dans les prochaines années une dizaine de meurtres commis par des criminels sexuels, ce sera ça le résultat ».












