Plaintes en cascade dans l'affaire du Mediator

L'Association des victimes de l'isoméride et du Mediator, présidée par Dominique Michel-Courtois, a déposé mardi 116 plaintes pour homicides et blessures involontaires contre le laboratoire Servier, fabricant de l'antidiabétique auquel sont imputés 500 à - -
PARIS (Reuters) - Cent seize plaintes pour homicides et blessures involontaires ont été déposées mardi devant la justice française par l'Association des victimes de l'isoméride et du Mediator (Avim).
L'antidiabétique du laboratoire Servier, également utilisé comme coupe-faim, serait responsable selon les études de 500 à 2.000 décès en France dus à des problèmes cardiaques.
Une enquête préliminaire a été ouverte en décembre par le parquet de Paris mais les associations veulent obtenir la désignation assez rapide d'un juge d'instruction.
Le président de l'Avim, Dominique-Michel Courtois, a assuré mardi que des centaines d'autres plaintes de malades ou de proches de victimes décédées allaient suivre devant le pôle de santé publique du parquet de Paris.
"On va aller de surprise en surprise et on commence à les connaître, c'est-à-dire des dysfonctionnements depuis de nombreuses années dans toutes les structures de contrôle", a-t-il dit à des journalistes.
"C'est ce qui explique que le médicament a pu être vendu sans aucun problème jusqu'en 2009 alors qu'on sait qu'au mieux il n'avait aucun effet et qu'au pire il entraînait les complications cardio-vasculaires que l'on connaît aujourd'hui", a-t-il ajouté.
L'association UFC-Que Choisir a également annoncé qu'elle déposerait plainte contre X à Paris "avant jeudi" pour dégager les responsabilités dans cette affaire.
Cette plainte visera les faits de "mise en danger de la vie d'autrui, homicides et blessures involontaires, tromperie sur la marchandise et sur les risques inhérents du produit", a précisé son président, Alain Bazot.
"LAISSER DU TEMPS À LA JUSTICE"
Le Mediator, qui a été mis sur le marché en 1976, a été interdit en France en novembre 2009, longtemps après son retrait dans d'autres pays occidentaux.
Dès les années 1990, des médecins avaient lancé des alertes sur ses effets secondaires cardiaques mortels, des valvulopathies, mais aucune mesure n'a été prise. Des études jugeaient par ailleurs qu'il était sans intérêt thérapeutique.
L'avocat de l'Avim, Jean-Christophe Coubris, a espéré qu'une information judiciaire serait ouverte rapidement de façon à désigner un juge d'instruction.
"Mais il faut laisser le temps à la justice pour qu'elle puisse identifier tous ces dysfonctionnements", a-t-il précisé sur i>Télé.
Dans Libération, un autre avocat de victimes, François Honnorat, estime mardi que l'enquête préliminaire du parquet n'a toujours pas avancé, car ce dernier attend le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui doit être remis le 15 janvier au ministre du Travail et de la Santé.
Lors d'une cérémonie de voeux à son personnel la semaine dernière, Jacques Servier, fondateur du laboratoire, avait estimé que le Mediator n'avait fait que trois morts et que le chiffre de 500 avancé par des études relevait du "marketing".
Depuis, Lucy Vincent, directrice générale du laboratoire, a déclaré que "la mort de trois personnes, c'est déjà trop", tout en continuant à contester les études ayant conclu au décès de 500 à 2.000 personnes.
Elle a également assuré que le groupe Servier était "prêt à assumer sa responsabilité si elle est engagée".
Le dossier du Mediator provoque un débat en France sur l'influence des laboratoires pharmaceutiques sur les décisions de santé publique.
A cela s'ajoute une dimension politique, une demi-douzaine de ministres de la Santé successifs se voyant reprocher leur manque de vigilance. En outre, Nicolas Sarkozy avait conseillé Jacques Servier lorsqu'il était avocat d'affaires.
Gérard Bon, édité par Yves Clarisse












