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Perruque et masque en silicone: début du procès de l'escroquerie au "faux Le Drian"

BFM Esther Paolini
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Sept personnes sont jugées ce mardi à Paris pour avoir extorqué des millions d'euros en se faisant passer pour Jean-Yves Le Drian, à l'époque ministre de la Défense.

Qu'ont en commun le Sidaction, le chef spirituel des musulmans chiites ismaéliens, Karim Aga Khan IV, le président du Gabon Ali Bongo et l'ambassadeur de France au Kazakhstan ? Ils apparaissent tous dans la liste des 150 personnalités approchées dans une rocambolesque escroquerie à la fausse identité. En se faisant passer pour celui qui était alors ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, sept personnes sont accusées d'avoir extorqué 50 millions d'euros entre l'été 2015 et décembre 2016. Elles sont jugées à partir de ce mardi après-midi au tribunal correctionnel de Paris et encourent dix ans de prison.

"Paiement de rançons" et "opérations secrètes"

En juillet 2015, l'équipe de Jean-Yves le Drian alerte l'autorité judiciaire que des ambassades en France et à l'étranger, ainsi que des sociétés commerciales ont été contactées par son cabinet afin de récolter des fonds pour "le paiement de rançons pour la libération d'otages, le financement d'opération secrètes à l'étranger ou encore le financement de la lutte contre le terrorisme", selon l'ordonnance de renvoi que BFMTV.com a pu consulter. Or, aucun membre de son cabinet n'a passé de tels appels.

Le mode opératoire évolue au fil des mois. D'abord de simples coups de téléphone de la part de soi-disant collaborateurs du ministre, les escrocs se perfectionnent ensuite par l'envoi de mail avec des noms de domaine ressemblent de très près aux officiels, comme "defense.gouv@diplomats.com", ainsi que des courriers avec le logo du ministère de la Défense et le tampon "confidentiel".

Masque en silicone et faux bureau

Certaines victimes sont contactées par Skype et les malfaiteurs n'hésitent pas à utiliser un masque en silicone à l’effigie du ministre et reproduire un bureau de ministère. Des procédés qui apparaissent grossiers, mais sont pourtant un succès: "Ils jouaient alors sur la peur du terrorisme", explique à BFMTV.com l'avocate de Jean-Yves Le Drian, Delphine Millet. Les malfaiteurs auraient également proposé l'immunité fiscale à certains interlocuteurs en échange de ces dons. Et les noms de personnes ciblées par les escrocs s'accumulent.

"L'escroquerie ciblait des personnalités fortunées, des entreprises jugées florissantes mais aussi des ONG caritatives comme Handicap International", nous énumère l'avocate.

Parmi eux, trois personnalités sont particulièrement touchées: Aga Khan, qui se fait voler près de 20 millions d'euros, Corinne Mentzelopoulos et sa société Soparexo (près de 6 millions d'euros), et l'homme d'affaire turc Inan Kirac auquel les malfaiteurs prennent près de 45 millions d'euros. 

Fin de cavale en Ukraine

Deux ans d'enquête plus tard, le cerveau présumé de l'escroquerie est interpellé en Ukraine. Gilbert Chikli, 54 ans, est alors en cavale, déjà condamné à sept ans de prison ferme en France pour ses arnaques "au faux président", dans lesquelles il usurpait l'identité de chefs d'entreprise pour extorquer d'importantes sommes d'argent. Et il s'apprêtait, selon la police, à usurper l'identité d'une autre personnalité de premier plan: le prince Albert II de Monaco.

Placé en détention provisoire depuis son arrestation, Chikli nie avoir été à l'origine de l'escroquerie, tandis que sa défense conteste les conclusions des expertises en comparaison de voix, le présentant comme l'investigateur des malversations.

Arrêté avec Anthony Lasarevitsch, 35 ans, ce dernier "conteste avec force toute participation à l'escroquerie commise au préjudice du prince Aga Khan en utilisant la fausse identité de Jean-Yves Le Drian", a affirmé à l'Agence France Presse son avocat, David-Olivier Kaminski. Les cinq autres prévenus, âgés de 27 à 49 ans, sont soupçonnés d'avoir tenu un rôle, à des degrés divers, dans cette escroquerie ou dans la tentative liée à Albert II.

Jugés pour "escroquerie en bande organisée", "recels et blanchiment de ces délits", "association de malfaiteurs" et "usurpation d'identité", les prévenus encourent 10 ans de prison. Sur les 50 millions d'euros dérobés, seule une "petite partie" a été retrouvée, indique Delphine Millet.