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Meurtre de Natacha Mougel: le procès glaçant d'Alain Penin

BFM Alexandra Gonzalez
Portrait non daté d'Alain Penin, publié en juillet 2010.

Portrait non daté d'Alain Penin, publié en juillet 2010. - -

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Lundi s'est ouvert le procès d'Alain Penin, 42 ans, accusé d'avoir tué Natacha Mougel, jeune femme de 29 ans. Alors que le verdict est attendu vendredi, retour sur cinq temps marquants de ces quatre jours d'audience.

"Quand je me suis levé, je ne sais plus à quelle heure, j’ai mangé. J’ai pris de l’essence et je suis allé à Marcq-en-Baroeul. J’ai roulé à droite à gauche. À un moment, j’ai croisé la victime. Et j’ai décidé de l’agresser." Le 5 septembre 2010, un dimanche soir, Natacha Mougel sort faire un jogging dans un parc verdoyant près de chez elle, en banlieue de Lille. Athlétique et radieuse, la jeune femme croise la route d'un inconnu, seul. Il l'agresse avec un couteau, l'entraîne jusque dans le coffre dans sa voiture, et la conduit dans un coin reculé, au fond d'un champ. Il tente de la violer, elle se débat. Il l'achève alors d'une centaine de coups de tournevis. Elle avait 29 ans.

Trois ans et demi plus tard, le procès s'est ouvert, lundi, à Douai. Sur le banc des accusés: Alain Penin, 42 ans, connu des services de police pour le viol d'une jeune joggeuse, en 2004 (lire ci-contre), qui lui a survécu. Face à lui, les parents de Natacha, ses amis, son fiancé qui, le premier s'était inquiété de sa disparition. Retour sur les temps forts de ce procès, qui doit s'achever vendredi.

Acte I, jour 1 - Le courage de sa première victime

Elle tente de survivre depuis ce jour en 2004, où Alain Penin l'a violé. Sylvia Peromingo, ce lundi, se présente à la barre. Les souvenirs de son viol affluent. Elle raconte, encore une fois, ce qu'il s'est passé ce 20 mai, un jour ensoleillé, pendant qu'elle faisait un jogging en région parisienne. Un viol dans un fossé, sous la menace d'un couteau, qui dure plus de deux heures. "J'ai vu la mort dans ses yeux. Il est dangereux, c'est tout ce qu'il faut savoir", lance-t-elle.

Engoncé dans son pull jaune, lunettes sur le nez, Alain Penin prend la parole et lui répond, indirectement. "C'était une pulsion." Tuer Sylvia? "Ce n'était pas mon intention."

Son témoignage était nécessaire, confiait-elle sur BFMTV, juste avant l'audience. Natacha Mougel "ne peut plus le faire, donc je vais le faire à sa place." Elle veut "aller jusqu'au bout, parce que cet homme-là, ce monstre-là, il ne faut pas le laisser sortir". Pas comme la première fois.

Acte II, jour 2 - Les regrets du juge

Loïc Binault est le juge d'application des peines qui a accordé une libération conditionnelle en septembre 2009 à Alain Penin. Mardi, par visioconférence, il livre sa vision des faits à la cour. "Avec le recul, je regrette ma décision", confesse le magistrat. "Je dois l'assumer professionnellement, avec toute la responsabilité morale qui en découle".

Il y avait pourtant "des éléments positifs" pour lui accorder cette libération conditionnelle, plaide l'ancien juge. "Pas d'incidents durant la détention", "des soins en lien avec sa condamnation", "une promesse d'embauche aux Restos du Cœur"… Alain Penin a réussi à tromper son monde. "Je pense qu'il a manipulé tous les professionnels à ses côtés", souffle le magistrat.

Dans le box, Alain Penin s'en défend. "A aucun moment j'ai voulu tromper le juge ou les psychiatres! Je pensais pouvoir me contrôler. Je n'ai pas réussi."

Acte III, jour 2 - Les aveux de l'accusé

Le même jour, c'est à l'accusé de prendre la parole, lors de l'évocation des faits. "Je me rends compte, c'est horrible ce que j'ai fait", lâche le prédateur au corps massif. Ce chemin où il a croisé la route de Natacha, un dimanche soir, il y venait "quasiment" tous les jours depuis deux mois, guettant les femmes.

Il entame alors son récit, devant une cour médusée par sa froideur clinique. "Quand j’ai vu qu’elle avait rattrapé la route, j’ai attendu un petit moment pour lui laisser de l’avance. Je l’ai suivie à distance. J’ai garé à nouveau ma voiture. J’ai attendu qu’elle arrive face à moi. J’ai vu qu’il n’y avait ni voiture ni piéton. Je l’ai attrapée à ce moment-là", rapportent les chroniqueurs judiciaires de La Voix du Nord.

Face à la jeune femme qui se débat, il dit alors qu'il a "perdu le fil" de son "scénario". "J'ai donné des coups de tournevis. Je n'étais plus moi-même. Je ne me suis pas rendu compte que je la tuais", énonce l'homme, d'une voix calme, traînante. " C’est la frustration de ne pas avoir eu un rapport sexuel qui m’a fait disjoncter." Plus tard, à une question de la présidente, il répond: "Si elle avait cédé, j’aurais eu un rapport sexuel avec elle. Après je serais reparti de mon côté."

Acte IV, jour 3 - La "personnalité" d'un tueur en série

A la barre, un expert psychologue se présente, le Dr Jean-Luc Ployé. Par le passé, il a expertisé des tueurs en série, comme Francis Heaulme, ou Michel Fourniret. Il est formel: Alain Penin a "tout à fait la personnalité" d'un violeur ou d'un tueur en série.

 "Je considère que c'est un pervers sexuel. Il a un besoin de toute-puissance. Sa dangerosité criminologique est très importante, encore agissante, et je suis très réservé sur ses capacités de réinsertion", assène l'expert. Face à lui, l'avocat de l'accusé, Me Abderrahmane Hammouch, dénonce un "réquisitoire". Pour lui, les noms de Francis Heaulme et de Michel Fourniret sont "des noms qui pèsent lourd".

Avant le Dr Ployé, le Dr Daniel Zagury, psychiatre habitué des affaires criminelles, avait déclaré à la barre qu'Alain Penin n'était pas "un malade psychotique" et que "sa responsabilité pénale est entière". Dans le cas de Natacha Mougel, "l'homicide n'est pas anticipé mais résulte" de l'échec de son plan, de son fantasme. Il y a eu "un point de non-retour dans sa tête" et un "acharnement frénétique".

Acte V, jour 4: le face-à-face avec le père de Natacha

Jeudi, quelques heures avant les plaidories des avocats, Yves Mougel, le père de Natacha, prend la parole et demande les yeux dans les yeux à l'accusé de répondre à ses questions. "Penin, lève-toi! Qui es-tu? Comment tu te définis?" Invité par la présidente de la cour à se lever, l'accusé baisse les yeux et lâche, d'une voix moins audible qu'à son habitude: "Je ne sais pas quoi dire. Je sais que ce que j'ai fait est impardonnable. Monstrueux."

Yves Mougel rappelle ce qui le pousse à affronter les détails de la mort de sa fille, égrenés pendant le procès. "Cela fait quarante mois que j'essaie de comprendre l'incompréhensible. Si j'ai ce courage d'être devant vous, c'est pour essayer d'apporter une petite contribution afin de réfléchir au fonctionnement de la justice."

Plus tard, au sortir de l'audience, Yves Mougel explique pourquoi il s'est adressé directement au meurtrier présumé de sa fille. "C'était viscéral. Je voulais le confondre. Lui montrer qu'il n'impressionne personne, lui qui se prend pour le maître du monde."

 Le verdict est attendu vendredi, après les plaidoiries des avocats.

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Qui est l'accusé?

Alain Penin, âgé de 42 ans, est accusé d'enlèvement et de séquestration avec actes de torture et de barbarie, tentative de viol avec arme, le tout en état de récidive, et homicide volontaire. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

En détention provisoire depuis le 8 septembre 2010, il a déjà été condamné en février 2006 par les assises des Hauts-de-Seine à 10 ans de réclusion criminelle pour le viol en mai 2004 d'une femme, agressée pendant un jogging dans la région parisienne. Il avait bénéficié d'une libération conditionnelle en septembre 2009.